PROPOSITIONS D'ALLIANCE DE SCHUWALOW
Le comte de Schuwalow m'affirma que jamais l'Empereur Alexandre ne renoncerait à incorporer les Principautés à son Empire, mais que, par suite d'une entente commune, nous pourrions nous assurer, même pour l'avenir, de grands avantages dans ces provinces. A ce propos, il toucha la question de la proposition d'un échange de la petite Valachie contre quelques parties de la Pologne, proposition qui avait été faite depuis peu, mais qui, pour des raisons à lui inconnues, n'avait pas été acceptée.
Gomme il n'y avait pas moyen de lui faire abandonner cette idée, je lui dis que je ne pouvais pas bien m'expliquer où sa Cour voulait en venir. II ne me semblait pas qu'une complication politique immédiate fût à prévoir; relativement à notre désir commun de prévenir une difficulté de ce genre, il n'était pas besoin d'une entente particulière"; toute négociation, et particulièrement toute convention formelle devait s'appuyer sur une base; or, dans le cas présent, il nous serait difficile de concevoir quel pourrait être ce point d'appui, attendu que la conduite tenue dans les dernieis temps par la Russie nous avait, à tous les points de vue, ôté entièrement le moyen de calculer et de connaître les vues de son Cabinet. Aussi nous serions heureux de recevoir toute communication pouvant nous édifier à cet égard; il ne dépendait pas de Votre Majesté de prendre l'initiative; il me paraissait démontré qu'un traité reposant uniquement sur des sentiments qui, d'un côté comme de l'autre, ne pouvaient être mis en doute, serait forcément compromettant.
Le comte de Schuwalow m'assura que si nous renouvelions l'ancienne alliance, jamais la France n'en sauiait rien; pour me garantir le silence de la Russie, il engagea la parole du Czar.
« Comment, demandai-je au comte, conciliez-vous l'idée d'une alliance avec l'Autriche avec les rapports que vous avez actuellement avec la France? Votre alliance avec Napoléon a-t-elle cessé d'exister? »
Le comte de Schuwalow dit que les rapports de la Russie avec la France étaient toujours les mêmes, que toutefois l'ai-
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liaiue (lu Czar avec cette puissance ne se rapportait qu'au cas où nous serions les agresseurs; comme celte éventualité n'étail pas au nombre des choses probables, on pouvait très-facilement concilier avec la stipulation susdite la conclusion d'un Iraité qui nous assurerait un secours mutuel dans le cas où l'un ou l'autre des contractants serait attaqué par la France. Du moins, il était très-important de pouvoir calculer et déterminer d'avance le rôle que chaque parti jouerait dans ce cas.
.Te lis remarquer au comte de Schuwalow^ que notre situation était bien différente de celle de la Russie; je lui montrai que la Russie était unie à la France par des liens politiques très-réels , tandis que , conformément aux assurances que je venais de lui donner, nous étions entièrement libres de liens de ce genre, liberté dont Votre Majesté sentait tout le prix. Votre Majesté n'avait aucun projet de conquête; la Russie pouvait en puiser l'assurance dans la modération si bien connue de Votre Majesté et dans la conviction dont Elle est pénétrée, qu'à des époques où il est si difficile de se conserver soi-même, des tentatives de conquête mènent rarement à un but sérieux.
Le comte de Schuwalow, après m'avoir fait observer que j'éludais la question de l'alliance, en revint à celle des Principautés, et essaya de me montrer clairement l'intérêt qu'avaient pour nous des stipulations en notre faveur.
Je crois, Sire, que le rapport que j'ai l'honneur de Vous adresser ne Vous laissera aucun doute sur ce fait, que toutes ces offres de négociation n'ont d'autre but que de mettre la Russie à couvert.
Menacé par un allié à qui l'Empereur Alexandre a sacrifié toutes ses considérations personnelles et tous ses principes, ce prince veut s'assurer le secours de Votre Majesté pour le jour du danger, qui est proche. Engagée dans une lutte qui est en contradiction flagrante avec l'intérêt politique de Votre Majesté, la Russie n'en persiste pas moins dans les projets d< conquête qu'elle nourrit à l'égard de la Porte; bien plus, l'Autriche doit être, pour celte puissance, comme un rempart