‹ MémoiresChapitre 95 sur 121 · RAPPORT PRINCIPAL SLR LA MISSION DE PARIS · texte numérisé non relu

RAPPORT PRINCIPAL SLR LA MISSION DE PARIS

fausse. A côté du plus grand conquérant dont riiistoire eût parlé depuis des siècles, Alexandre devait aussi apparaître en conquérant. Comme objets d'agrandissement, Romanzow choisit les Etats de voisins paisibles, inoffensifs, et au lieu de se conserver elle-même, la Russie détruisit, ou, depuis la paix de Tilsit, elle aida à détruire successivement tout ce qui servait à la protéger. Au moment où éclata la dernière guerre, la perte de TAutriche était déjà résolue dans la pensée de Napoléon.

Toutes les proclamations de l'Empereur et de ses lieutenants, ses attaques personnelles, et l'abaissement prémédité des membres de la liaison régnante d'Autriche, prouveraient l'exactitude de cette proposition, si d'ailleurs je n'avais de» raisons bien plus fortes encore pour l'affirmer comme une vérité positive. Que l'on compare avec la marche que le monarque français a suivie depuis des années à l'égard de l'Autriche et de la Prusse (qui n'étaient que des empires destinés à être morcelés), celle qu'il suivait à la même époque à l'égard de la Russie, et l'on sera convaincu que ?îapoléon voulait d'abord passer sur les ruines de l'Autriche et de la Prusse avant d'arriver à refouler la Russie dans les déserts de l'Asie.

Toutefois, le mariage de l'Empereur des Français avec l'auguste fdle de Votre Majesté donna aux aflaires une tournure inattendue, que rien ne pouvait faire prévoir. Je crois ici devoir jeter un jour nouveau sur cet événement en le considérant sous un point de vue auquel on ne songe pas assez d'ordinaire, bien qu'il soit le seul qui permette de calculer les conséquences du fait.

En toute circonstance, qu'il détruise ou qu'il élève, Napoléon parle de garanties. Prise dans son acception traditionnelle, cette expression est inconciliable avec sa manière d'agir. Ordinairement, une garantie ne repose que sur l'état politique des relations d'une puissance avec une ou plusieurs autres. A vrai dire, dans une garantie Napoléon ne fait pas grand cas du côté politique, il vise au réel, il veutun^a^e. C'est ainsi que même toute usurpation devient pour lui une garantie de sa force à

lui OU de r existence de sa dynastie. La raison qu'il ne manque pas d allé(juer quand il renverse un nouveau trône, c'est qu'il lui faut une garantie. Son but en choisissant ce terme est de donner, nominalement du moins, à la mesure la plus injuste, la plus choquante, 1 apparence d'un droit fondé sur la conservation personnelle ou la lé{;itime défense.

En épousant la fille de Votre INrajesté, Napoléon trouvait dans sa pensée une (jarantie qu'autrefois, même peu de temps avant qu'il conçût ce nouveau plan, il avait cherchée vainement dans le renversement du trône d'Autriche.

Cette idée de garantie explique le changement radical qui s'est opéré dans la situation de Votre Majesté vis-à-vis de l'Empereur des Français. La Russie n'a pas prévu ce changement de situation, et à l'époque du mariage, qui est si importante pour toute 1 Europe, le comte de Romanzow a donné une nouvelle preuve de la manière fausse dont il envisageait l'état des choses. Dans le fait où Votre Majesté cherchait et trouvait le salut, lorsque la fille et la descendante de tant d'Emi)creurs, cette princesse qui vivra éternellement dans le souvenir de la postérité, faisait à sa patrie le plus grand des sacrifices, Romanzow ne voyait qu'une source de désunion entre la France et l'Autriche, dérivant de mesquines considérations de famille et d'alliance, d'une désunion qui, sans prêter matière de sitôt à une rupture ouverte, continuerait cependant de permettre longtemps encore à la Russie de s'agrandir librement aux dépens de ses voisins et d'achever, sans exciter l'attention, l'œuvre qu'elle avait entreprise.

C'est sur ces vérités, évidentes pour moi, que se base ma conviction que sans les liens de famille qui unissent l'Autriche à la France, le corps politique des Etats autrichiens n'aurait pas résisté au choc dont il aurait infailliblement ressenti le contre-coup en 1811 au [)lus tard, et qu'il n'aurait fait ainsi qu'avancer le moment de sa dissolution, si même nous avions pu subsister jusqu'à ce jour.

S'il est incontestable que les liens de famille qui existent entre l'Autriche et la France ont éloigné les États de Votre Majesté de la première ligne d'attaque de la France, d'autre

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