RAPPORT PRINCIPAL SLR LA MISSION DE PARIS
partil était facile de prévoir que le conquérant français, surtout en admettant de très-grands succès ou de très-grands revers dans la guerre d'Espagne, chercherait, dans le premier cas, un nouvel aliment à son activité, dans le second, les moyens d'étourdir ses adversaires en créant de nouvelles complications du côté opposé.
Sous différents prétextes, l'Empereur me fit prolonger mon séjour à Paris jusqu'au moment où il espérait être fixé luimême sur ce que l'avenir allait lui réserver. Ce moment vint lorsque le choix du Prince Royal de Suède fut décidé, et que la vigoureuse résistance de l'année anglaise en Portugal l'eut averti de ce qu'il devait craindre.
Aussitôt après mon arrivée à Cilli, je pris la liberté de soumettre respectueusement à Votre Majesté deux « précis de conversations» avec l'Empereur des Français.
Le premier, relatif aux affaires de Suède, fournit la meilleure preuve historique à l'appui de la marche politique suivie par Napoléon lors de cet événement, qui eut une importance si décisive dans l'histoire actuelle (n"' 173 et 174).
Le second montre dans un tableau concis, plus concis peutêtre que cela n'eût été possible dans toute autre situation, l'état actuel des choses tout entier, retracé à grands traits*.
Votre Majesté voudra bien se convaincre que nous sommes en présence des questions suivantes, qui sont grandes et décisives :
1° L'Autriche peut-elle empêcher une nouvelle guerre d'éclater sur le continent?
2° Quelle devra être notre marche politique, et quelle attitude l'Autriche devra-t-elle prendre lorsque la guerre éclatera entre la France et la Russie ?
Ma conviction intime me dit de répondre sans hésiter à la première question : ISon!
La seconde mérite d'être l'objet des réflexions les plus mûres et les plus approfondies. De la résolution que prendra Votre
* Voir l'enlretien du 20 septembre 1810 avec ^'ajioléon, p. 109, t. I, et la note 55 y relative, p. 230, t. I. (lYo^e de l'Editeur.)
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Aînjosté dépend le bien que rAutriclic peut encore attendre, ou la ruine assurée, peut-être prochaine, de la Monarchie.
Loin de m'iniag^iner que notre situation soit autre et plus favorable que celle où nous nous trouvons en réalité, je crois que, vu le complet épuisement de nos finances, la réduction de l'armée qui en a été la conséquence, et notre état de faiblesse absolue, il faut borner en ce moment toute notre politique extérieure à écarter autant que possible toute catastrophe, ( et toute guerre nouvelle nous v conduit). C'est dans ce sens que j'ai a{];i à Paris; le fait est attesté par les rapports que j'ai eu l'honneur de soumettre à Votre l\Iajesté dans le courant de l'été dernier, ainsi que par ma conduite à l'éj^ard de l'Empereur Napoléon et des envoyés de Russie près la Cour de France ; c'est dans ce sens que Votre Majesté a daif^né, en toute circonstance, m'autoriser à donner au Cabinet de Saint-Pétersbourg la preuve la moins équivoque que, contrairement à la marche politique que la Russie a suivie dans les derniers temps, l'Autriche était libre de tout lien avec la France; c'est dans ce setis, eriHn, qu'il faut continuer de marcher jusqu'à Vextrême limite du possible.
J'ai déjèi établi cette proposition, que Napoléon a atteint son but final par l'isolement de V Autriche et de la flussie. Si ces deux puissances s'unissaient de nouveau, n'y aurait-il pas dans leur union un moyen de salut? Ne nous exposonsnous pas à un reproche fondé si nous ne prêtons pas les mains à ce rapprochement que la Russie désire aujourd'hui?
Cette question est certainement une des plus naturelles qui puissent se présenter, et au premier abord elle offre les points de vue les plus variés. Pour l'observateur qui embrasse d'un coup d'œil tout l'ensemble, c'est-à-dire la politique de Napoléon et ses moyens offensifs, la politique du Cabinet russe et ses moyens défensifs, notre situation à nous, considérée sous le rapport géographique, militaire et financier, pour l'observateur qui envisage ainsi les choses, il ne peut subsister le moindre doute relativement à ce fait, que Napoléon n'a pas abandonné cet isolement à la volonté des puissances, mais qu il l'a basé sur le fait, sur Vctat réel des choses.