VILLARS ET SA NAISSANCE
son beau -père en la place de premier président au parlement de Bombes.
Voilà un préambule étrange de ce qui va suivre. Le roi et Chamillart étoient fort étourdis d'Hochstedt et de ses grandes suites. C'étcit le premier revers qu'il avoit essuyé , et ce revers le ramenoit de l'attaque de la Bohême et de l'Autriche à la défense de l'Alsace, qui se regardoit comme très-difficile après la perte de Landau, sans compter les États de l'électeur de Bavière et ses enfants , en proie à la vengeance de l'empereur. Tallard étoit prisonnier, Marsin sembloit trop neuf et trop futile pour se reposer sur lui d'un emploi si important. Villeroy , quel qu'il fût, étoit destiné pour la Flandre avec l'électeur. Boufflers étoit hors de gamme ; et tous les autres maréchaux aussi. De princes du sang , le roi n'en vouloit pour rien à la tète de ses armées : restoit Villars, car Harcourt se gardoit bien de se vouloir éloigner de la cour, ni Mme de Maintenon de s'en défaire dans la crise où ils se trouvoient pour lors; Villars, comme on l'a vu, avoit comme Harcourt, et par les mêmes raisons paternelles, toute la protection de Mme de Maintenon , conséquemment celle de Chamillart, plus favori alors, s'il se peut encore , que ministre tout-puissant de la guerre et des finances. Villars qui, dès la Bavière, avoit osé prétendre à la dignité de duc, n'avoit rien rabattu de son audace pour ses pillages et sa chute en Languedoc-, il y triomphoit de la besogne qu'il y avoit trouvée faite : il en donnoit la consommation comme due uniquement à lui, et Bâville, le plus haineux des hommes, et qui n'avoit jamais pu souffrir Montrevel, secondoit du poids de son témoignage les vanteries de Villars. Ce maréchal n'avoit cessé d'écrire au roi , à Chamillart , à Mme de Maintenon sur les fautes d'Hochstedt et sur celles de ses suites, de leur mander tout ce qu'il auroit fait, de déplorer de s'être trouvé éloigné de ses armées, ea un mot de fanfaronner avec une effronterie qui ne lui avoit jamais manqué, et qui le servit d'autant mieux en cette occasion qu'il parloit à des gens ébranlés et dans le dernier embarras sur le choix d'un général capable de soutenir un poids devenu si difficile du côté du Rhin et de la Moselle , et si âpres à se flatter et à se promettre.
Mme de Maintenon tira sur le temps; elle sentit l'embarras et le besoin, elle vit les pillages de Villars, et ses insolences avec l'électeur effacées; elle comprit quelles pouvoient être les grâces d'un homme devenu comme nouveau ; elle en profita , et Villars , qui sentit ses lettres goûtées, fit sentir aussi combien il se trouvoit affligé sur la manière dont ses espérances d'être duc avoient été reçues. Quand le roi se fut bien laissé mettre dans la tête qu'il n'y avoit que Villars dont il se pût servir dans la conjoncture présente, il fut aisé de lui persuader qu'il ne s'en falloit pas servir mécontent et offensé, et de là. le ministre, et la dame qui le faisoit agir, parvinrent à faire qu'il seroit duc en arrivant. Il reçut donc un courrier qui lui porta ordre de finir le plus promptement qui lui seroit possible les états de Languedoc qu'il avoit la commission de tenir , et de se rendre en même temps à la cour le plus diligemment qu'il lui seroit possible. Il arriva à Versailles le 15 janvier, et fil la révérence au roi comme il arrivoit de se promener à