‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 112 sur 370 · VILLARS ET SA NAISSANCE · texte numérisé non relu

VILLARS ET SA NAISSANCE

qu'il trouva sous sa main à mettre dans un colombier! Ce même homme eut une place dans les cent gentilshommes de la maison du roi, c'est-àdire les becs-de-corbin', depuis longtemps dès lors anéantis par les compagnies des gardes du corps . et ces places s'achetoienl déjà du capitaine pour s'exempter de la taille. J'ai peine à croire que la noblesse du Lyonnois l'ait employé en 1614 à dresser ses mémoires et à les présenter aux états, peut-être comme un compagnon entendu et intrigant, car on n'ose proférer le mot de député de la noblesse . qu'on n'eût pas oublié, s'il eût eu cet honneur qui auroit constaté la sienne. On le dit aussi chevalier de Saint-Michel; mais dès lors, qu'est-ce qui ne l'étoit pas avec la plus légère protection, qui que l'on pût être? Le père de celui-ci est donné pour avoir été mis commandant dans Condrieu par le duc de Nemours; outre la petitesse de l'emploi, il ne prouve point de noblesse. Ce qu'ils ont de mieux est un oncle paternel de Villars, père du maréchal, archevêque de Vienne, duquel un oncle paternel le fut aussi. De ces temps-là de troubles encore plus que de ceux-ci, on choisissoit des évêques par d'autres raisons que par la naissance , et cette illustration, quand elle est unique, n'en est pas une. Ils prétendent en avoir eu deux antérieures, et ainsi quatre de suite. Mais on prétend aussi que ces deux précédents étoient de ces anciens Villars, seigneurs de Bombes, égaux en naissance aux dauphins* avec qui ils avoient des alliances directes, des filles de Savoie, et de très-grandes terres; que ce Villars du maréchal étoit aumônier du second de ces archevêques qui le prit en amitié , l'éleva , le fit évêque in partihus , puis son coadjuteur. En effet, il est difficile d'ajuster ces deux premiers Villars, archevêque de Vienne , oncle et neveu , qui ont tous deux fait un personnage principal dans toutes les affaires de leur temps, être fils d'un homme de rien et tout à fait inconnu , frère du juge ordinaire de Lyon devenu lieutenant particulier civil et criminel de ce siège , et celui-là père du deuxième de ces deux premiers archevêques et du lieutenant général au présidiaP et sénéchaussée de Lyon, qui succéda après à

-1 . Les becs-de-corbin, ou gentilhommes à bec-de-corbin, formaient deux compagnies de la maison mililaire du roi. Ils tiraient leur nom de leur hallebarde en forme de bec-de-corbin. La première compagnie avait élé instituée par Louis XI en <478. Charles VIII établit la seconde en U97, Supprimées sous Louis XIII, ces deux compagnies furent rétablies par Louis XIV, et définitivement licenciées sous Louis XVI, en 1776. Les gentilshommes à bec-de-corbin précédaient le roi dans les grandes cérémonies en marchant deux à deux.

2. Il s'agit ici des anciens seigneurs de Dauphiné qu'on appelait dauphins de Viennois.

3. On appelait lieutenants, dans l'ancienne organisation judiciaire de la France, les magistrats qui remplaçaient le premier officier d'un tribunal en cas d'absence. Ainsi le lieutenant général de la sénéchaussée de Lyon, dont parle ici Saint-Simon, remplaçait le sénéchal, qui était toujours un homme d'épée, dans la présidence du tribunal, qu'on pourrait comparer au tribunal de première instance de nos jours , et qu'on appelait alors présidial. Ces tribunaux, subordonnés aux parlements, avaient une juridiction tout à la fois civile et criminelle. Dans certains cas, prévus par les ordonnances, ils jugeaient sans appel. On peut consulter, pour les détails, Jousse, De la Juridiction des presidiaux.

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