LA PRINCESSE DES URSINS A LA COUR
proposé d'être, elle crut pouvoir devenir accusatrice et deroander justice contre ceux qui, abusant de la confiance du rci, lui avoient attiré un traitement si fâcheux et si long, et mise en spectacle aux deux monarchies. Tout ce qui lui arrivoit passoit de bien loin ses espérances; elle-même s'en est étonnée avec moi plusieurs fois , et avec moi s'est moquée de force gens , et souvent des plus considérables , ou qu'elle ne connoissoit comme point, ou qui lui avoient été fort contraires et qui s'empressoient bassement auprès d'elle.
Le roi revint à Versailles le samedi 10 janvier: Mme des Ursins y arriva le même jour, elle logea à la ville chez d'Alègre. J'allai aussitôt la voir, n'ayant pu quitter Marly à cause des bals de presque tous les soirs. Ma mère Tavoit fort vue à Paris, où Mme de Saint-Simon et moi lui avions envoyé témoigner notre joie et notre empressement de la voir. J'avois toujours conservé du commerce avec elle . et j'en avois reçu en toute occasion des marques d'amitié. Sandricourt. qui étoit de ma maison , et qui servoit en Espagne , duquel j'aurai un mot à dire en son temps, en avoit reçu à ma prière toutes sortes de distinctions, et elle l'avoit fort recommandé aux principaux chefs espagnols. Je fus très-bien reçu. Cependant je m'étois promis quelque chose de plus ouvert. J'y fus peu. Harcourt, qui habilement ne l'avoit pas encore vue, y arriva et me fit retirer discrètement; elle m'arrêta pour me charger de quelques bagatelles avec un air de liberté, et tout de suite reprenant toute son ouverture, elle me dit qu'elle se promettoit bien de me revoir bientôt et de causer avec moi plus à son aise : j'en vis Harcourt surpris. Sortant de la maison, j'y vis entrer Torcy. Il avoit fait en sorte, dès Paris, par sa mère, qu'elle iroit souper chez lui. Elle étoit contente de l'avoir humilié , [et qu'il fût] venu chez elle par ordre du roi. Il n'étoit pas temps de faire des éclats et contre un ministre : elle n'avoit encore vu ni le roi ni Mme de IJaintenon , et ce qui se passeroit avec eux devoit être la boussole de sa conduite. Le lendemain dimanche , huitième jour de son arrivée à Paris , elle dîna seule chez elle , se mit en grand habit , et s'en alla chez le roi , avec lequel elle fut dans son cabinet deux heures et demie tête à tête; de là chez Mme la duchesse de Bourgogne, avec qui elle fut aussi assez longtemps seule dans son cabinet. Le roi dit le soir, chez Mme de Maintenon, qu'il y avoit encore bien des choses dont il n'avoit point encore parlé à Mme des Ursins. Le lendemain elle vit Mme de Maintenon en particulier fort longtemps et fort à son aite. Le mardi elle y retourna et y fut très-longtemps en tiers entre elle et le roi; le mercredi . Mme la duchesse de Bourgogne, qui avoit dîné et joué chez Mme de Mailly, y fit venir la princesse des Ursins à la fin du jeu . passa seule avec elle dans un cabinet et y demeurèrent trèslongtemps.
Un mois après arriva un colonel dans les troupes d'Espagne, Italien appelé Pozzobuono , dépêché exprès et uniquement par le roi et la reine pour venir apporter leurs remercîments au roi sur la princesse des Ursins, et ordre au duc d'Albe d'aller avec tout son cortège lui faire une visite de cérémonie , comme la première fois qu'il fut chez les princesses du sang. De ce moment il fut déclaré qu'elle demeureroit