POLITIQUE DE LA PRINCESSE DES URSINS
ici jusqu'au mois d'avril pour donner ordre à ses affaires et à sa santé. C'étoit déjà un grand pas que d'être maîtresse d'annoncer ainsi son séjour. Personne, à la vérité, ne doutoit de son retour en Espagne; mais la parole n'en étoit pas lâchée; elle évitoit de s'en expliquer, et on peut juger qu'elle n'essuya pas là-dessus de questions indiscrètes. Elle se mesura fort à voir Monseigneur , Madame , Monsieur et Mme la duchesse d'Orléans et les princesses du sang; donna plusieurs jours au flot du monde , puis se renferma sous prétexte d'affaires , de santé , d'être sortie , et tant qu'elle put ne vit à Paris que ses amis ou ses plus familières connoissances , et les gens que par leurs places elle ne pouvoit refuser.
Tant d'audiences et si longues , suivies de tant le sérénité et de foule , fit un grand effet dans le monde , et augmenta fort les empressements. Deux jours après ma première visite à Versailles , je retournai chez elle , je lui retrouvai avec moi son ancienne ouverture avec laquelle elle me fit quelques reproches d'avoir été plus intimement de ses amis avant ses affaires que depuis. Cela ne servit qu'à nous réchauffer dans la conversation même , où elle s'ouvrit et me parut avoir envie de me parler. Je ne laissai pas d'être en garde par rapport à M. de Beauvilliers ; je savois le raccommodement du chancelier , je ne la craigncis pas sur Chamillart , et je ne me souciois point de Torcy , avec qui je n'étois en aucune liaison. Elle ne me fit point d'embarras , elle savoit trop la carte de la cour pour ignorer mon intimité avec M. de Beauvilliers ; et sa politesse , et je puis dire son amitié, car elle m'en donna des marques dans tout son séjour, m'épargna là-dessus toute délicatesse. Le nonce nous interrompit. Mais je la revis bientôt, et elle me parla de mille choses et d'ici et d'Espagne avec confiance, et de la cour, et d'autres qui la regardoient. Elle fit à Mme de Saint-Simon toutes sortes d'amitiés et d'avances , et on verra bientôt que cela ouvr'.t fort les yeux de toute la cour sur 'nous. Laissons-la triompher et besogner à son aise, et retournons en arrière , dont ce long et curieux récit nous a distrait. Mais il ne faut pas oublier que cette réception du roi à Mme des Ursins , au retour de laquelle Tessé s'étoit Unt livré , plut tellement au roi et à la reine d'Espagne, qu'ils donnèrent à Tessé toutes sortes de pouvoirs et de distinctions militaires, de confiance et de faveur personnelle, et à son gendre toutes celles de leur cour.