‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 127 sur 370 · T62 SON AMITIÉ POUR MADAME DE SAINT-SIMON · texte numérisé non relu

T62 SON AMITIÉ POUR MADAME DE SAINT-SIMON

diguoient les protestations , et tâchoient à lui vanter leur attachement dans tous les temps , et à faire valoir leurs services. J'étois flatté de cette confiance de la dictatrice de la cour. On y fit une attention qui m'attira une considération subite . outre que force gens des plus distingués me trouvoient les matins seul avec elle , et que les messages qui lui pleuvoient rapportoient qu'ils m'y avoient trouvé, et très-ordinairement qu'ils n'avoient pu parler à elle. Elle m'appeloit souvent dans le salon, ou d'autres fois j'allois lui dire un mot à l'oreille, avec un air d'aisance et de liberté fort envié et fort peu imité. Elle ne trouvoit jamais Mme de Saint-Simon sans aller à elle, la louer, la mettre dans la conversation de ce qui étoit autour d'elle , souvent de la mener devant une glace , et de raccommoder sa coiffure ou quelque chose de son habit, comme en particulier elle auroit pu faire à sa fille; assez souvent elle la tiroit de la compagnie , et causoit bas à part longtemps avec elle , toujours quelques mots bas de l'une à l'autre, et d'autres haut, mais qui ne se comprenoient pas. On se demandoit avec surprise, et beaucoup avec envie . d'où venoit une si grande amitié , dont personne ne s'étoit douté; et ce qui achevoit de tourmenter la plupart, c'est que Mme des Ursins , sortant de la chambre de Mme de Maintencn, d'avec le roi et elle, ne manquoit guère d'aller à Mme de Saint-Simon, si elle la trouvoit dans le premier cabinet où elle avoit la liberté d'entrer avec quelques autres dames privilégiées, et la mener en un coin et de lui parler bas. D'autres fois la trouvant dans le salon , sortant de ces particuliers , elle en usoit de même. Cela faisoit ouvrir les yeux à tout le monde, et lui attiroit force civilités.

Ce qu'il y eut de plus solide fut tout le bien qu'elle dit d'elle au roi et à Mme de Maintenon , à plusieurs reprises ; et nous avons su , par des voies sûres et tout à fait éloignées de Mme des Ursins , qu'il n'y avoit sorte de bons offices qu'elle ne lui eût rendus, sans jamais les lui avoir demandés, et souvent, et avec art et dessein, et qu'elle avoit dit au roi et à Mme de Maintenon plus d'une fois qu'ils n'avoient aucune femme à la cour, et de tout âge, si propre, ni si faite exprès en vertu, en conduite , en sagesse , pour être dame du palais , et dès lors même , quoique si jeune , dame d'honneur de Mme la duchesse de Bourgogne si la place venoit à vaquer, ni qui s'en acquittât avec plus de sens, de dignité , ni plus à leur gré et à celui de tout le monde. Elle en parla de même à Mme la duchesse de Bourgogne plusieurs fois, et ne lui déplut pas , parce que dès lors aussi cette princesse avoit jeté ses vues sur elle , si la duchesse du Lude qui la survécut venoit à manquer. Je suis persuadé que , outre la bonne opinion qu'avec toute la cour le roi et Mme de Maintenon en avoient déjà , ces témoignages de Mme des Ursins, dans la confiance qu'ils avoient prise en effet, leur firent l'impression dont toujours depuis les effets se sont fait sentir, et à la fin, comme on le verra en son temps, beaucoup plus que nous n'aurions voulu. Mme des Ursins ne m'oublia pas non plus-, mais une femme étoit plus susceptible de son témoignage , et faisoit aussi plus d'impression. Cette façon d'être avec nous et pour nous ne se ralentit point jusqu'à son départ pour l'Espagne.

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