BAL A MARLY
Entre plusieurs bals où Mme des Ursins fut toujours traitée avec les mêmes distinctions, je veux dire un mot de celui où Mme des Ursins obtint avec quelque peine que le duc et la duchesse d'Albe fussent conviés. Je dis avec peine, parce qu'aucun ambassadeur, ni étranger, n'avoit jamais été admis à Marly, excepté Vernon une fois lors du mariage de Mme la duchesse de Bourgogne , pour faire cette distinction à M. de Savoie dont il étoit envoyé, et dans les suites les ambassadeurs d'Espagne.
La séance du bal dans le salon étoit un carré long fort vaste. Au haut bout, c'est-à-dire du côté du salon qui séparoit l'appartement du roi de celui de Mme de Maintenon , étoit le fauteuil du roi , ou les fauteuils quand le roi et la reine d'Angleterre y étoient , laquelle étoit entre les deux rois. Les fils de France et M. le duc d'Orléans étoient les seuls hommes dans ce rang, que les princesses du sang fermoient. Vis-à-vis étoient assis les danseurs et avec eux M. le comte de Toulouse, et dans les commencements que j'y ai dansé , M. le Duc qui dansoit encore ; des deux côtés les dames qui dansoient, les titrées les premières des deux côtés sans aucun mélange entre elles d'aucune autre, non plus qu'à table avec le roi, ou avec Monseigneur, ou chez Mme la duchesse de Bourgogne; derrière le roi le service, M. le Prince quelquefois, et ce qu'il y avoit de plus distingué, et derrière encore; derrière les danseuses les dames quj ne dansoient point, et derrière elles les hommes de la cour spectateurs, et quelques autres derrière les danseurs; M. le Duc ne dansant plus, et M. le prince de Conti toujours derrière les dames spectatrices. En masque ou non c'étoit de même, excepté que, à visage couvert, les fils de France se màloient au bas bout parmi les danseurs. Le roi d'Angleterre et la princesse sa sœur ouvroient toujours le bal, et tant qu'il dansoit, le roi se tenoit debout. Après deux ou trois fois de ce cérémonial , le roi deraeuroit assis à la prière de la reine d'Angleterre, Le duc et la duchesse d'Albe arrivèrent sur les quatre heures et descendirent chez la princesse des Ursins, qui avoit eu permission de les mener chez Mme de Maintenon avant que le roi y entrât : ce fut une grande faveur de Mme des Ursins. Mme de Maintenon ne voyoit jamais aucun étranger ni aucun ambassadeur, et le duc et la duchesse d'Albe n'avoient pas encore vu son visage. On fit pour eux une chose sans conséquence. Le roi fit mettre la duchesse d'Albe au premier rang du fond . à côté et au-dessous de Mme la princesse de Conti, pour qu'elle vît mieux le bal. et Mme des Ursins à côté et au-dessous d'elle. A souper on fit mettre la duchesse d'Albe auprès de Mme la Duchesse à la table du roi, et Mme des Ursins auprès d'elle. Le maréchal de Boufflers fut chargé du duc d'Albe au bal, et de prier des courtisans distingués à une table particulière qu'il tint pour le duc d'Albe, servie par les officiers du roi. Il y en eut une autre pareille pour le duc de Perth et pour les Anglois. Après souper, Mme la duchesse de Bourgogne fit jouer la duchesse d'Albe au lansquenet avec elle. Le roi, à son coucher, donna le bougeoir au duc d'Albe ' , et lui fit son compliment sur la
i. Il a déjà été question plus haut de ce cérémonial. Le roi seul, d'après