‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 134 sur 370 · MARIAGE DU COMTE D^HARCOURT · texte numérisé non relu

MARIAGE DU COMTE D^HARCOURT

Princesse de Condé. — Rabutin et sa fortune en Allemagne. — Mort de l'empereur Léopold, etc. — Deuil tardif et abrégé pour Temporeur. — Durelés en Bavière; réleclrice à Venise. — Laparat prend la Miraridole. — Vaubecourt, lieutenant général, tué à une échauffourée en Italie; sa femme; fatuité du maréchal de Villeroy.

Il se fit vers ces temps-ci un mariage qui causa bien du murmure dans la maison de Lorraine. La princesse d'Harcourt avoit perdu un fils en Italie, un autre depuis deux mois dans l'empire, qui s'en alloit à Vienne servir l'empereur , dont elle fut quitte pour faire la pleureuse à Mme de Maintenon; point de filles, il ne lui restoit qu'un fils qui étoit l'aîné. Plusieurs coups de tête reçus par accident lui avoient fait essuyer trois ou quatre trépans, et ces trépans l'avoient rendu fort souid. Elle ne l'aimoit point , et tant qu'elle avoit eu d'autres enfants , elle l' avoit forcé tout dévotement au petit collet , et en vouloit faire un riche seigneur dans l'Église ; elle avoit même commencé. Sa répugnance prit des forces se voyant devenu unique ; elle songea donc à le marier , mais son mari ni elle ne vouloient rien donner. Elle chercha vainement; enfin elle se rabattit à ce qu'elle trouva sous sa main. Elle étoit fort à Sceaux chez Mme du Maine , à qui toute compagnie étoit bonne , pourvu qu'on fût abandonné à ses fêtes, à ses nuits blanches*, à ses comédies et à toutes ses fantaisies. Il s'y étoit fourré, sur le pied de petite complaisante , bien honorée d'y être comme que ce fût soufi'erte , une Mlle de Montjeu, jaune, noire, laide en perfection, de l'esprit comme un diable, du tempérament comme vingt, dont elle usa bien dans la suite, et riche en héritière de financier. Son père s'appeloit Castille, comme un chien citron , dont le père , qui étoit aussi dans les finances , avoit pris le nom de Jeannin pour décorer le sien, en l'y joignant de sa mère, fille du célèbre M. Jeannin, ce ministre d'État au dehors et au dedans, si connu sous Henri IV.

Le père de notre épousée avoit pris le nom de Montjeu d'une belle terre qu'il avoit achetée. Il avoit ajouté beaucoup aux richesses de son père dans le même métier. Il avoit la protection de M. Fouquet. Elle lui valut l'agrément de la charge de greffier de l'ordre , que Novion , depuis premier président, lui vendit en 1657 , un an après l'avoir achetée. La chute de M. Fouquet l'éreinta. Après que les ennemis du surintendant

4. Les nuùs blanches de Sceaux étaient célèbres. Mlle de Launay (Mme de Staal) , qui y avait joué un rôle important, en raconte ainsi l'origine dans ses Nemoires : * Mme la duchesse du Maine, qui aimoit à veiller, passoil souvent toute la nuit à faire différentes parties de jeu. L'abbé de Yauhrun, un de ses courtisans les plus empressés à lui plaire, imagina qu'il falloit, pendant une des nuits destinées à la veille , faiie paroîlre quelqu'un sous la forme de la Nuit enveloppée de ses crêpes, qui feroit un remerciment à la princesse de la prélérence quelle lui accordoit sur le Jour; que la déesse auroit un suivant qui chanteroit un bel air sur le même sujet. L'abbé me confia ce secret, et m'engagea à composer et à prononcer la harangue , représentant la divinité nocturne. La surprise fit tout le mérite de ce petit divertissement.... L'idée en fut applaudie; et de là vinrent les fêtes magnifiques données la nuit par diEférentes personnes à Mme la duchesse du Maine. »

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