‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 135 sur 370 · AVEC MADEMOISELLE DE MONTJEU · texte numérisé non relu

AVEC MADEMOISELLE DE MONTJEU

eurent perdu l'espérance de pis que la prison perpétuelle, les financiers de son règne furent recherchés. Celui-ci se trouva fort en prise, on ne l'épargna pas, mais il avoit su se mettre à couvert sur bien des articles ; cela même irrita. Le roi lui fit demander la démission de sa charge de l'ordre; et, sur ses refus réitérés, il eut défense d'en porter les marques. Il avoit longtemps trempé en prison ; on le menaça de l'y rejeter, il tint ferme. On prit un milieu , on l'exila chez lui en Bourgogne , et Châ^ teauneuf, secrétaire d'État, porta l'ordre et fit par commission la charge de greffier: enfin le financier, maté de sa solitude dans son château de MoniJ3u , où il ne voyoit point de fin , donna sa démission. La charge fut taxée, et Châteauneuf pourvu en titre. Montjeu eut après cela liberté de voir du monde, et même de passer les hivers à Autun. Bussy-Rabutin . qui y étoit exilé aussi , en parle assez souvent dans ses fades et pédantes lettres. A la fin , Montjeu eut permission de revenir à Paris , où il mourut en 1688. Sa femme étoit Dauvet, parente du grand fauconnier. Mme du Maine conclut le mariage et en fit la noce à Sceaux. M. le duc de Lorraine s'en brouilla avec le prince et la princesse d'Harcourt, et fit défendre à leur fils et à leur belle-fille de se présenter jamais devant lui, surtout de ne pas mettre le pied dans son État. Ce ne fut pas le seul dégoût de la princesse d'Harcourt. Elle trouva à qui parler. Dans les commencements ce furent merveilles. Le pied glissa, les contraintes et les exhortations suivirent. L'esprit et la souplesse remirent tout au premier état; mais il arriva un malheur. La belle-fille écrivit de Paris à sa belle-mère à Versailles avec des tendresses et des soumissions infinies, et à une de ses amies en même temps les plaintes d'être soumi.se à une mégère enragée dont la tyrannie de telle-mère étoit insupportable, les caprices et les folies, et avec qui enfants ni domestiques n'avoient jamais pu durer. Aucun terme, aucun temps de la vie et de la conduite de la princesse d'Harcourt n'y étoit ménagé, et le tout paraphrasé avec beaucoup d'esprit, de sel et de tour, en personne qui se divertit et se soulage. L'amie reçut la lettre qui étoit pour la bellemère , et celle-ci celle qui étoit pour l'amie ; on s'étoit mépris au dessus. Voilà la princesse d'Harcourt transportée de furie, qui fut assez peu maîtresse d'elle-même pour ne s'en pouvoir taire , en sorte que l'aventure devin'i publique à la cour, où elle étoit crainte et abhorrée, et où on s'en divertit fort. Elle ne trouva pas plus de consolations dans la maison de Lorraine, enragée de ce bas miiriage. Elle retomba cruellement sur sa belle-fille , qui fut étrangement consternée , mais qui au bout de quelques mois reprit ses esprits, et qui, voyant qu'il n'y avoit plus de vraie réconciliation ni de duperie à espérer, gagna son mari aussi impatient qu'elle de ce joug, serrèrent tous deux leurs écus, dont ils tâchoient souvent de l'apaiser, levèrent le masque et se moquèrent d'elle. Le prince d'Harcourt, enfoui dans son obscurité et dans ses débauches, toujours absent, ne se soucioit ni d'eux i;i de ^a femme, et ne s'en mêla point. Ainsi la comtesse d'Harcourt se mit en liberté et en profita avec peu de mesure.

Depuis que le P. Le Comte avoit perdu sa place de confesseur de Mme la duchesse de Bourgogne , pour aller tâcher de se iustifior à Rome

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