MORT DE MADAME DE GRIGNAN
guillon , Dieu sait comment et Mme la princesse de Conti aussi. Mme de Grignan, beauté vieille et précieuse , dont j'ai suffisamment parlé, mourut à Marseille bien peu après, et, quoi qu'en ait dit Mme de Sévigné dans ses lettres , fort peu regrettée de son mari , de sa famille et des Provençaux.
Berwick , en Languedoc , achevoit d'anéantir les fanatiques par être bien averti et par ses promptes exécutions. Il surprit cinq ou six de leurs chefs dans Montpellier , dont il fit fermer les portes, et les fit pendre; il en fit autant à celui qui fournissoit l'argent et à celui qui les payoit. Il découvrit leur cache de poudre et de munitions , et à la fin éteignit tout à fait ces misérables , et remit le calme et la sûreté dans cette province et dans les Cévennes.
Sézanne , frère de père du duc d'Harcourt et de mère de la duchesse sa femme, chose tout à fait singulière, épousa la filie de Nesmond, mort lieutenant général fort distingué des armées navales , qui étoit une riche héritière.
Torcy , dont la conduite avoit plu au roi à l'égard de Mme des Ursins , eut une augmentation de brevet de retenue de cent cinquante mille livres sur ses charges.
Bientôt après mourut la duchesse de Coislin , pauvre et retirée à la campagne depuis la mort de son mari , sans avoir plus vu personne. Elle étoit riche héritière de Bretagne et s'appeloit Kaergroet. Elle étoit médiocrement âgée , femme de mérite et de vertu , et mère de la duchesse de Sully, du duc de Coislin et de l'évêque de Metz.
A peu près en même temps qu'elle , mourut à Paris Mme de Vauvineux , qui avoit été fort belle , vertueuse et dans la bonne compagnie à Paris. Elle étoit fort des amies de ma mère , et sa cousine germaine par son défunt mari , du nom de Cochefilet , fils de Vaucelas , ambassadeur en Espagne et chevalier du Saint-Esprit, en 1619, et d'une sœur du père de ma mère. Le prince de Guéméné avoit épousé la fille unique de Mme de Vauvineux et n'eut d'enfants que d'elle. Mme de Vauvineux étoit Aubry, d'une famille de Paris, comme la mère de la princesse des Ursins.
Cette dernière , toujours également brillante , faisoit ses afi'aires et tenoit ses conseils secrets à Paris , avec une liberté que Marly ne comportoit pour personne, et y revenoit comme il lui plaisoit, reçue avec les mêmes empressements , et sans cesse admise chez Mme de Maintenon et aux particuliers longs entre elle et le roi en tiers. Le duc de Grammont étoit déjà arrivé à Bayonne, d'où peu après il arriva à Paris, médiocrement reçu. Amelot et Orry étoient à Madrid, et le premier admis dans la junte avec toutes les grâces de la reine et l'autorité dans les affaires que , pour elle-même , Mme des Ursins lui avoit ménagée. Elle s'étoit bien gardée de rien laisser soupçonner en Espagne de sa tentation de n'y plus retourner. Elle y prétextoit ses délais de sa santé, et de la nécessité de se donner le temps de concerter ici des mesures solides sur leurs afi'aires. L'amirante étoit mort, délaissé et méprisé en Portugal; et à la cour d'Espagne, le marquis de Villafranca, majordome-major du roi et chevalie" du Saint-Esprit , duquel j'ai tant parlé à propos du