‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 15 sur 370 · MARSIN FAIT MARÉCHAL DE FRANCE · texte numérisé non relu

MARSIN FAIT MARÉCHAL DE FRANCE

chargé d'un paquet pour lui , qui en enfermoit un autre. Par celui qu'il ouvrit, il lui étoit ordonné de quitter le siège tout aussitôt, et de prendre le chemin qui lui étoit marqué pour se rendre en Bavière, où seulement et non plus tôt il devoit ouvrir l'autre paquet. En le tâtant il reconnut qu'il y avoit un sceau, et comprit que c'étoit le bâton de maréchal de France. La merveille fut que cela ne le tenta point. Il se sentit blessé de ne l'obtenir que par besoin de lui après la promotion des autres, et fut effrayé du poids donton vouloit le charger. Il renvoya donc le courrier avec des excuses et le paquet qu'il ne devoit ouvrir qu'en Bavière , tel qu'on le lui avoit envoyé. Le roi persista et lui redépêcha aussitôt les mêmes ordres avec le même paquet , pour ne l'ouvrir qu'en Bavière. Il fallut obéir. Il partit et rencontra Villars en Suisse, chargé de l'argent de ses contributions personnelles et de l'exécration publique. L'électeur dit à qui le voulut entendre qu'il emportoit deux raillions comptants de son pays , sans ce qu'il avoit tiré du pays ennemi , à quoi avoit tendu tout son projet militaire qui lui avoit énormément rendu. Les troupes et les officiers généraux ne l'en dédirent point. Il offrit de l'argent avant partir à qui en voudroit emprunter, pour s'en décharger d'autant; mais la haine prévalut, qui que ce soit n'en voulut prendre pour la malice de lui laisser ses coffres pleins, qu'il amena à bon port en France. L'escorte qui l'avoit amené ramena Marsin , chargé de cent mille pistoles pour l'électeur; il passa avec lui beaucoup d'argent pour la paye et les besoins de nos officiers et de nos troupes , et beaucoup d'autres choses nécessaires pour lesquelles on profita de l'occasion. En joignant l'électeur, il lui rendit le repos, et la joie à toute l'armée. Il ouvrit son paquet et y trouva ses ordres, ses instructions et son bâton , comme il s'en étoit douté. Le roi le déclara maréchal de France quand il le crut arrivé. Il fut parfaitement d'accord en tout avec l'électeur, et au gré des troupes et des officiers généraux, et trèséloigné de brigandages. Peu après son arrivée , ils firent le siège d'Augsbourg qu'ils prirent en peu de jours, et mirent après les troupes dans les quartiers, qui avoient grand besoin de repos. Le maréchal de Villeroy, à qui les ennemis avoient pris Limbourg, sépara aussi la sienne. Il prit la place du maréchal de Boufflers à Bruxelles , pour commander tout l'hiver sur toutes ces frontières, et Boufflers revint à la cour.

Elle partit de Fontainebleau le 25 octobre , retournant à Versailles par Villeroy et par Sceaux. Le roi avoit dans son carrosse Mme la duchesse de Bourgogne , Madame , Mme la duchesse d'Orléans , la duchesse du Lude et Mme de Mailly , qui l'emporta sur la maréchale de Cœuvres , grande d'Espagne. Pour expliquer comment se passa cette préférence, il faut reprendre les choses d'un peu loin. La place de dame d'honneur a presque toujours été remplie dans tous les temps par de grandes dames , quelquefois par des femmes de princes du sang , comme on le voit dans Brantôme. La dernière connétable de Montmorency la fut aussi, et elle étoit aussi duchesse de Montmorency. Depuis Mme de Senecey et la comtesse de Fleix , sa fille , en survivance , qui furent dames d'honneur de la dernière reine mère , qu'elles survécurent toutes deux , on n'a plus vu de dames d'honneur de reine que duchesses. Ces

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