DE LA MARQUISE DE SENECEY
donner point de préférence aux duchesses ni aux princesses lorraines, qui pourtant ne faisoient que commencer à le disputer par la faveur des deux que je viens de nommer. Pour le carrosse, Mmes de Senecey et de Fleix n'y entreprirent rien , parce qu'apparemment , que ne s'agissant pas là de fonctions, elles n'y purent trouver de prétexte. Il vint depuis au mariage du roi. La maréchale de Guébriant , nommée dame d'honneur et point duchesse , mourut en allant trouver la cour en Guyenne, et ne vit jamais la reine. Mme de Navailles, dont le mari étoit duc à brevet, qui avoit tellement été attaché au cardinal Mazarin, dont il commandoit les chevau-légers , qu'il avoit été son correspondant intime et son homme de la plus grande confiance pendant ses deux absences hors du royaume , fut nommée à la place de la maréchale de Guébriant, Elle étoit en Gascogne dans les terres de son mari, qui ne songeoit à rien moins , et qui n'eut que le temps d'arriver pour le mariage. Le cardinal Mazarin, qui fit tout pour que le comte de Soissors ne se trouvât pas mal marié à sa nièce , venoit d'inventer pour elle la charge jusqu'alors inconnue de surintendante de la maison de la reine , et pour conserver toute préférence à la reine mère avec laquelle il avoit toujours été si uni, à qui il devoit tout, et que le roi respectoit si fort, il fit en même temps la princesse de Conti, son autre nièce, surintendante de sa maison. Cette dernière étant princesse du sang, emportoit beaucoup de choses par ce rang ; mais sa piété , l'extrême délicatesse de sa santé, son attachement à M. le prince de Conti, presque toujours dans son gouvernement de Languedoc, ne lui permettoient guère d'exercer cette charge. Elle étoit tout aux dépens de celle de dame d'honneur prise sur le modèle du grand chambellan, avant qu'il fût dépouillé par les premiers gentilshommes de la chambre.
La comtesse de Soissons, toujours à la cour, où elle donnoit le ton par sa faveur auprès du roi qui dans ces temps-là ne bougeoit de chez elle , faisoit sa charge , et Mme de Navailles n'avoit garde de se commettre avec elle à cause du roi et du cardinal, son oncle, dont son mari étoit la créature. La reine ne connoissoit personne dans ces commencements; à peine s'expliquoit-elle en françois. La comtesse de Soissons montoit dans son carrosse , et lui nommoit les dames à appeler, et les appeloit pour la reine. Cet usage introduit fut suivi par la duchesse de Navailles , lorsque la comtesse de Soissons ne s'y trouvoit pas. Mme de Montausier, duchesse à brevet, lui succéda et en usa de même , et cet établissement a toujours continué , depuis lequel il a valu la préférence aux dames d'honneur dans le carrosse sur tout ce qui n'est point princesse du sang. Pour les dames d'atours jamais pas une n'y avoit songé , non pas même la comtesse de Béthune , si longtemps dame d'atours de la reine , si fort et toujours sa favorite , et si considérée par elle-même, par son beau-père et par son mari, illustres par leurs charges et leurs négociations, et par le comte depuis duc de Saint-Aignan son frère , si bien alors avec le roi , en si grande privance et premier gentilhomme de sa chambre. Jusqu'à Mme de Mailly , il n'avoit donc pas été question de nulle prétention des dames d'atours. Celle-ci, fort glorieuse, nièce de Mme de Maintenon, mariée de sa