LANDAU RENDU A TALLARD
fut quelque temps après donnée au maréchal de Châteaurenauld , et servit bientôt après pour une seconde fois de dot à une autre Noailles que son fils épousa. Le régiment Royal-infanterie fut donné à Denonville , fils aîné d'un sous-gouverneur des enfants de France , pour qui Mgr le duc de Bourgogne avoit beaucoup de bonté. Ce prince parut douloureusement affligé en cette occasion de ce que le roi ne lui avoit jamais voulu permettre d'achever la campagne , qu'on lui fit croire finie après la prise de Brisach. Le chevalier de Croissy, qui vint apporter les drapeaux et le détail , rapporta que les ennemis avoient perdu six mille hommes, outre quatre raille prisonniers, parmi lesquels trois officiers généraux et six colonels. Le jeune comte de Frise, qui en fut du nombre . fut envoyé le soir même de la bataille par le maréchal de Tallard coucher à Landau , dont son père étoit gouverneur , pour lui apprendre la vérité de cette journée. On prétendit que l'armée ne perdit pas plus de quatre ou cinq cents hommes , mais beaucoup plus à proportion d'officiers.
Landau reçut une capitulation honorable : de quatre mille hommes qui étoient dedans il n'en sortit que mille sept cents sous les armes , et fort peu d'officiers qui furent conduits à Philippsbourg, et on assura qu'on n'avoit pas eu plus de mille hommes tués ou blessés au siège. Le prince de Hesse fit merveille de tête et de valeur. Il devoit être joint le lendemain par six mille hommes, à qui on avoit donné des chariots pour arriver plus diligemment. On sut après qu'il y avoit eu deux princes de Hesse de tués. Labaume fut fait brigadier, et Laubanie eut le gouvernement de Landau. Peu après l'armée du Rhin entra dans ses quartiers d'hiver , ainsi que celle de Flandre , où les ennemis avoient pris Limbourg.
Tessé étoit dans Chambéry et avoit occupé presque toute la Savoie. Avant de partir il avoit été destiné à commander l'armée de M. de Vaudemont , qui , prévoyant les difficultés que la défection de M. de Savoie alloit apporter à la guerre d'Italie , ne vouloit pas s'exposer aux événements problématiques entre ses anciens protecteurs et ses nouveaux maîtres, et avoit pris son parti de se retirer à Milan et de s'y préparer à en emporter les dépouilles si nous le perdions ou à y demeurer le maître si ce duché restoit au roi d'Espagne. L'état de sa santé, dont il a tiré dans tous les divers temps un merveilleux parti, lui servit de prétexte, et Tessé, son ami, pour ne pas dire son client, eut ordre d'aller prendre le commandement de son armée quand il en seroit temps.
M. de Vendôme, avant de parvenir au généralat en chef, avoit fort pressé le roi de le faire maréchal de France. Le roi, sur le point de le faire , en fut retenu par la grandeur de ses bâtards et la similitude qu'il avoit avec eux. Il lui dit donc qu'après y avoir mieux pensé il trouvoit que le bâton ne lui convenoit point , et en même temps l'assura qu'il n'y perdroit rien. En efi'et, on a vu qu'il sut bien lui tenir parole; ancré à la tête de l'armée d'Italie , et se voyant par son rang à un comble inespéré , il essaya d'obtenir une patente pour commander les maréchaux de France; le roi, qui n'a élevé ses bâtards que nar degrés, et qui de