‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 22 sur 370 · TENTATIVE VAINE DE VENDOIVIE · texte numérisé non relu

TENTATIVE VAINE DE VENDOIVIE

l'un n'a jamais imaginé de les porter à l'autre , se choqua de la proposition à ne laisser pas d'espérance la plus légère. Au commencement de cette campagne, Vendôme, jugeant que le mécontentement que sa demande avoit donné au roi étoit passé , en hasarda une autre modifiée. Il proposa une patente qui , sans être maréchal de France , puisque le roi avoit jugé qu'il ne lui convenoit pas de l'être , le remît au même droit que s'il l'avoit été , puisque Sa Majesté lui avoit promis qu'il ne perdroit rien à ne l'être pas, c'est-à-dire qu'il le laissât obCir aux maréchaux de France plus anciens lieutenants généraux que lui , mais qu'il le fît commander à ceux d'entre eux qui étoient ses cadets, et à qui il auroit commandé sans difficulté si le roi l'avoit fait maréchal de France en son rang.

Quelque plausible que fût cette proposition , le roi ne put se résoudre à lui laisser commander aucun maréchal de France par voie d'autorité. Il en parla au maréchal de Villeroy, au mieux alors avec lui, qui se récria contre, émut les maréchaux de France et l'empêcha; en sorte que Vendôme en fut refusé. Villeroy lui-même me l'a conté en s'en applaudissant. Tessé le savoit comme les autres , mais , en courtisan qui ne vouloit rien hasarder , il en reparla au roi en recevant ses ordres pour le Dauphiné et l'Italie, et lui proposa, en homme qui vouloit plaire et ne se pas attirer les bâtards, d'éviter de se trouver avec M= de Vendôme , et de ne prendre que la plus petite armée , qui avoit été commandée un temps par le grand prieur comme le plus ancien des lieutenants généraux. Le roi lui répondit en ces mêmes termes : qu'il ne falloit pas accoutumer ces messieurs-là à être si délicats , qu'il avoit trouvé très- mauvais que M. de Vendôme eût osé songer à commander des maréchaux de France , et qu'en deux mots il ne vouloit point de ménagements là-dessus ni pour prendre le commandement de la principale armée ni pour se trouver avec M. de Vendôme et le commander luimême ; que ces messieurs-là en avoient bien assez , et qu'il ne falloit ni lui ne vouloit les gâter davantage; qu'ils l'étoient bien assez; qu'ainsi sans avoir aucun égard à cette considération-là, il fît tout ce qu'il croiroit devoir faire pour le bien de la chose et pour l'utilité de ses affaires en Italie. Tessé, qui me l'a plus d'une fois raconté, en fut surpris au dernier point, mais, en nez fin, il ne laissa pas de biaiser pour plaire à M. de Vendôme et encore plus à M. du Maine. M. de Vendôme, de sa part, ne lui disputa rien, et il évita sagement d'en être obombré. On verra que M. du Maine , par Mme de Maintenon et par tout ce qu'elle sut employer, ne laissa pas longtemps le roi dans cette humeur. Pour M. de Vaudemont, gouverneur général du Milanois avec patente de général des armées du roi d'Espagne, il ne commandoit ni cbéissoit aux maréchaux de France ni à M. de Vendôme. Ils vivoient ensemble et agissoient de concert en partité ' de commandement, presque jamais ensemble que peu de jours , et en passant , et Vaudemont toujours à Milan ou avec un corps séparé.

Lorsque Tessé, après avoir commandé peu de temps en Dauphiné, et

t. Partage du comnumLlement.

Saint-Simon m 2

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