ROI D*ESPAGNE ET TESSÉ DEVANT BARCELONE
que les Impériaux eussent assemblé leur armée sur le Rhin. Il fut approuvé; il partit secrètement de Marly le 18 avril, sans avoir pris congé de personne. En même temps, tous les officiers généraux et particuliers destinés sur le Rhm eurent ordre de partir et de n'en rien dire et le 21 avril, Villars partit aussi secrètement de Marly. Ces deux maréchaux s'abouchèrent à Phalsbouig et marchèrent chacun de leur côté. A leur approche, les ennemis abandonnèrent leurs lignes delà Mutter qu'on vouloit attaquer, et on ne vit de leurs troupes que sept ou huit cents chevaux que le fi)s du comte du Bourg poussa vigoureusement et qui prirent la fuite. Ils y perdirent une centaine d'hommes, et du Bourg fils deux ou trois seulement. Leur gros repassa le Rhin après avoir jeté quelque monde dans Haguenau. Cette expédition si heureuse et si facile délivra le fort Louis , dont la garnison fut relevée , et la place renouvelée de tout en munitions de guerre et de bouche , et les postes d'alentour qui la bloquoient pris.
Le comte de Frise, gouverneur de Landau, se retira très-précipitamment de Bischweiller, où il laissa de grands magasins et même sa vaisselle d'argent, abandonna Lauterbourg où Villars mit des troupes, et fut maître par là de la Lauter comme il venoit de Tètre de la Mutter. Péri prit Haguenau et deux mille hommes qui étoient dedans prisonniers de guerre, soixante pièces de canon, cinq cents milliers de poudre , et grande quantité de farine et d'avoine. Tout ce dépôt étoit destiné à faire le siège de Phalsbourg. Villars s'étendit tout à son aise, et n'oublia pas les contributions jusque dans la plaine de Mayence.
Le roi d'Espagne étoit parti à la fin de février dans le dessein de réduire le royaume de Valence; mais sur les ordres du roi, pour ne différer pas le siège de Barcelone, il changea sa marche et arriva le 3 devant Barcelone , où il trouva Légal arrivé de la veille avec toutes les troupes françoises , et tous nos bâtiments qui débarquoient tout ce qu'il falloit pour le siège ; d'autres bâtiments portèrent toute la garnison de Girone dans Barcelone avec toutes sortes de rafraîchissements, où plus de dix mille hommes animés de la présence de l'archiduc prirent les armes et se joignirent à la garnison. La tranchée fut ouverte la nuit du 5 au 6, parle marquis d'Ayetone, mais le canon ne tira que le 12, encore fort foiblement. Le duc de Noailles, qui devoit y servir de maréchal de camp , tomba malade de la petite vérole qui fut très-heureuse , et qui acheva de le guérir de tous ses maux. Laparat, ingénieur principal, et le chef des autres depuis l'élévation de Vauban au bâton, etoit chargé de ce siège , et y fut tué le 15 avril en allant reconnoître des ouvrages qu'il vouloit faire attaquer.
On prétendit qu'on fit une grande faute d'avoir attaqué par le mont Joui -, que cette fortification séparée de celle de la ville seroit tombée avec 'la ville, au lieu que sa prise n'influoit point sur celle de la place. Quoi qu'il en soit, ce mont Joui dura le double de ce qu'on avoit cru, consuma beaucoup de munitions et coûta bien d'honnêtes gens , et Laparat même, qui y fut tué et qui fut mal remplacé. Les troupes qui faipoient le siège étoient peu nombreuses; leur fatigue étoit contmuelle ; il n'y avoit de repos que de trois nuits l'une , et fort souvent beaucoup