BERWICK FOIBLE CONTRE LES PORTUGAIS
moins. Les petits combats y étoient continuels avec les miquelets qui troubloient les convois , et qui assiégeoient tellement les assiégeants qu'il n'y avoitpas de sûreté à cent pas du camp , qui étoit exposé à des alarmes continuelles. Nuls rafraîchissements de France ni d'Espagne, tout à l'étroit pour tout. Les sorties étoient très-fortes. Les habitants y secondoient la garnison, les moines étoient armés, et combattoient comme contre des Turcs et des hérétiques. Pendant ces sorties, le camp étoit attaqué par dehors , et c'étoit tout ce que les assiégeants pouvoient faire que de soutenir ces doubles attaques à la foi?, par la vigueur des assiégés et le nombre et l'importunité des miquelets.
Tessé envoya son fils porter la nouvelle que les ennemis avoient le 25 avril abandonné le mont Joui , lequel en fut fait maréchal de camp. La garnison sortit ensemble en plein jour, et entra dans Barcelone sans presque aucune perte. Cifuentès, qui avoit quantité de barques à la côte, en faisoit toujours entrer quelques-unes dans la place -aux dépens de quelques autres qu'il perdoit, et les avenues de l'armée du roi d'Espagne furent bientôt si resserrées par les miquelets qu'on ne vécut plus au siège que par la mer. Le comte de Toulouse et le maréchal de Gœuvres sous lui y commandoient une médiocre flotte arrivée assez tard , et mettoient rarement pied à terre sans découcher de dessus leurs bords , et Tessé avoit sous le roi d'Espagne le commandement de tout ce qui regardoit la terre.
Berwick étoit arrivé tout au commencement d'avril en Estrémadure, où il avoit vingt- six bataillons et quarante escadrons. Les Portugais, et ce que l'archiduc leur avoit laissé, étoient bien plus nombreux, et firent contenance d'assiéger Badajoz avec quarante-cinq bataillons et cinquante-trois escadrons , où le marquis de Richebourg commandoit avec douze bataillons. Ils tirèrent du côté d'Alcantara, et se présentèrent en chemin au duc de Berwick , qui , avec quarante escadrons qu'il avoit, n'osa leur prêter le collet. Ils continuèrent leur chemin et prirent Alcantara, après une courte et molle défense (très-mauvaise place à la vérité) , et dix bataillons espagnols qui étoient dedans prisonniers de guerre.
Chavagnac, avec quatre vaisseaux du roi, ravagea cependant toute l'île de Saint-Christophe en Amérique, dont les Anglois étoient les maîtres , y ruina tout , en emmena huit cents nègres , puis avec Iberville, qui le joignit au rendez-vous qu'il lui avoit donné, prit aux Anglois toute la petite île de Nièves, en détruisit les forts, les habitations, les sucreries, firent le dégât partout, emmenèrent les principaux habitants pour otages , prirent trente vaisseaux marchands , dont quelquesuns percés pour trente-six pièces de canon, emmenèrent sept mille nègres et firent un grand butin. Le gouverneur et le major de l'île furent tués. Il n'en coûta à nos deux capitaines que quelques soldats et un enseigne de vaisseau. Ils n'avoient pour cette expédition que douze cents soldats et treize cents flibustiers. Le chevalier de Nangis apporta cette nouvelle.
272 ÉLECTEURS AU BAN DE l'eMPIRE. [1706]