BATAILLE DE RAMILLIES
ternon , lieutenants généraux , de soutenir la première , et demeura sans rien faire. Toute notre gauche resta inutile , le nez dans ce marais , et personne vis-à-vis d'elle , sans branler de ce poste ; notre droite , tout à fait rompue , le centre enfoncé , et l'infanterie qui avoit presque toute combattu , rebutée. L'électeur se porta partout avec une grande valeur. Le maréchal de Villeroy couroit éperdu et ne savoit remédier à ce qui coup sur coup arrivoit de sinistre. Il montra de la valeur, mais ce fut tout. On n'en doutoit pas, ni qu'il fût en lui d'y mettre autre chose. Il ne fut donc plus question que de se retirer.
La retraite commença dans un grand ordre; mais bientôt la nuit survint qui mit la confusion. La cavalerie de la gauche rompit l'infanterie , en pressant trop sa marche qui dura toute la nuit. Le défilé de Judoigne se trouva tellement engorgé des gros bagages et de quelques menus, et de ce qu'on avoit pu retirer d'artillerie, que tout y fut pris. Enfin l'armée arriva à Louvain ; mais on ne se crut en sûreté qu'après avoir passé le canal de Wilworde , sans néanmoins que les ennemis eussent suivi de trop près.
Bruxelles , dont Bagnols et Bergheyck étoient sortis à temps avec le trésor et les blessés qu'on avoit pu transporter , fut le premier fruit de la victoire. Plusieurs personnes considérables en sortirent en même temps; beaucoup davantage y demeurèrent. Anvers, Malines et Louvain ne tardèrent pas à prêter, comme Bruxelles, serment à l'archiduc. Ce ne fut que le commencement du retour des Pays-Bas espagnols à la maison d'Autriche.
Une action qui eut de si grandes et de si rapides suites ne coûta pas quatre mille hommes, mais une grande dispersion qui revint presque toute et en fort peu de temps rejoindre chacun son corps. M. de Soubise y perdit un de ses fils cadets qui étoit dans les gens d'armes , et Gouffier. D'Aubigny, colonel de dragons; Bernière, major du régiment des gardes et major général de l'armée; milord Clare, maréchal de camp; Bar, brigadier de cavalerie, homme d'un singulier mérite et fort de mes amis , furent tués ; quelques blessés et beaucoup de prisonniers de marque que Marlborough traita avec une politesse infinie, et permit à beaucoup de revenir sur-le-champ pour trois mois sur leur parole.
Le roi n'apprit ce désastre que le mercredi , 26 mai , à son réveil. On admira la platitude du maréchal de Villeroy , qui , par le même courrier , écrivit à Dangeau merveilles de son fils , et que sa blessure à la tête d'un coup de sabre ne seroit rien. Il oublia tout le reste. J'étois à Versailles ; jamais on ne vit un tel trouble ni une pareille consternation. Ce qui y mit le comble fut que , ne sachant rien qu'en gros , on fut six jours sans courrier. La poste même fut arrêtée. Les jours sembloient des années dans l'ignorance du détail et des suites d'une si malheureuse bataille, et dans l'inquiétude de chacun pour ses proches et pour ses amis. Le roi fut réduit à demander des nouvelles aux uns et aux autres sans que personne lui en pût apprendre. Poussé à bout d'un silence si opiniâtre , il prit le parti d'envoyer Chamillart en Flandre , pour avoir par lui au moins sûrement des nouvelles, et pour qu'il lui rapportât l'état de l'armée , des progrès des ennemis , et le résultat des délibéra-