‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 233 sur 370 · MORT DE RHODES · texte numérisé non relu

MORT DE RHODES

et qui eut un collier de la Toison d'or en la première promotion que Philippe le Bon fit à l'institution de cet ordre : il avoit été grand maître des cérémonies comme ses pères pour qui Henri ni fit cette charge. Fort de la cour et du grand monde , extrêmement galant , et avec grand bruit, qui fit chasser Mlle de Tonnerre de la chambre des filles de Mme la Dauphine. Il avoit bien servi et eut toujours beaucoup d'amis; c'étoit un grand homme fort bien fait , avec beaucoup d'esprit et fort orné , mais un esprit trop libre qui n'étoit pas fait pour la cour de Louis XIV. Aussi s'en dégoûta-t-il et se retira-t-il à Paris, en espèce de philosophe , où il épousa une Simiane , veuve d'un autre Simiane , dont il ne laissa qu'une fille qui n'eut point d'enfants du prince d'Isenghien , de laquelle on a vu la mort, il n'y a pas longtemps. Rhodes mourut avant la vieillesse, mais rongé de la goutte deprjs fort longtemps. C'est de lui et des Gesvres qu'on a dit que l'ouvrage valoit mieux que l'ouvrier.

Le maréchal de Villars perdit en ce même temps sa mère , tante paternelle du feu maréchal de Bellefonds. C'étoit une petite vieille ratatinée , tout esprit et sans corps , qui avoit passé sa vie dans la meilleure compagnie, et qui y vécut avec toute sa tète et sa santé jusqu'à sa mort à quatre-vingt-cinq ou six ans. Elle étoit salée, plaisante, méchante; elle s'émerveilloit plus que personne de l'énorme fortune de son fils; elle le connoissoit , et lui recommandoit toujours de beaucoup parler de lui au roi, et jamais à personne; elle avoit beau se contraindre, le peu de cas qu'elle faisoit de lui perçoit; elle avoit des apophthegmes incomparables , et ne sembloit pas y toucher.

Gacé , depuis le maréchal de Matignon , perdit sa femme qui passoit sa vie fort renfermée chez elle; elle étoit fort vertueuse, horriblement laide, riche, et Berthelot, sœur de Plenœuf, de qui j'aurai lieu de parler. Qui auroit cru qu'un nom si vil eût fait dans la suite la fortune des deux fils qu'elle laissa?

La vieille Tingry les suivit de près à Versailles , où elle ne sortoit presque plus de sa chambre. J'ai expliqué qui elle étoit et sa singulière histoire à propos du procès de M. de Luxembourg. Elle vécut longtemps fort délaissée , et dans de grands scrupules sur ses vœux , et d'avoir changé son voile contre un tabouret.

La veuve sans enfants du duc Max. de Bavière , sœur de M. de Bouillon, ne survécut presque pas son mari, de la mort duquel j'ai parlé, il n'y a pas longtemps , et sans enfants , comme je l'ai dit.

Congis, ancien capitaine aux gardes, espèce d'officier général hébété , et en qui il n'y avoit jamais eu grand'chose , mourut employé à la Rochelle sous le maréchal de Chamilly. Il avoit le gouvernement et capitainerie des Tuileries et son fils la survivance. Il valoit encore moins que son père. Le roi voulut qu'il en accommodât Catelan pour peu de chose, qu'il voulut dédommager de la Muette et du bois de Boulogne, donnés à Armenonville , et à son fils, comme je l'ai dit lorsque le comte de Toulouse acheta Rambouillet.

Laubanie ne jouit pas longtemps de la gloire d'avoir si bien défendu Landau et de la récompense qu'il en avoit eue. Sa grand'croix de Saint-

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