‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 234 sur 370 · MORT DE LA DUCHESSE DE MONTBAZON · texte numérisé non relu

MORT DE LA DUCHESSE DE MONTBAZON

Louis fut donnée à Maupertuis, lieutenant général et capitaine des mousquetaires gris. Comme il n'éloit pas commandeur , cette grâce passa pour une distinction très-particulière. Les capitaines de mousquetaires étoient bien éloignés alors de penser à être chevaliers de l'ordre.

La duchesse de Montbazon , mère du prince de Guéméné , femme du duc de Montbazon, mort fou, enfermé à Liège, belle-sœur du chevalier de Rohan , qui eut la tête coupée devant la Bastille à la fin de 1674, belle-fille de la belle et célèbre Montbazon qu'on a vue avoir commencé par son obscur tabouret d'abord l'a princerie des Rohan et du frère de la fameuse duchesse de Chevreuse . de la seconde duchesse de Luynes, et de M. de Soubise. La duchesse de Montbazon étoit fille posthume , unique du second mariage du premier maréchal de Schomberg, et de la seconde fille de M. de La Guiche, grand maître de l'artillerie, ainsi nièce de la duchesse d'Angoulème; elle étoit sœur de père du second maréchal de Schomberg qui fut duc et pair d'Halluyn, par son mariage . et de cette sainte et illustre duchesse de Liancourt, à laquelle elle ressembla si peu. La vie de cette duchesse de Montbazon fut obscure , et ses mœurs et sa tête fort mal timbrée avoient beaucoup fait parler d'elle. Elle avoit soixante-seize ans: elle s'avisa de faire exécuteur de son testament le duc de La Rochefoucauld , avec qui elle n'avoit jamais eu grand commerce , et qui se mêloit fort à peine de ses propres affaires. Il avoit épousé la petite-fille, héritière de la duchesse de Liancourt , sa sœur.

Mme de Polignac , seul reste de la maison de Rambures avec Mme de Caderousse, sa sœur. Elle avoit été fille d'honneur de Mme la Dauphine , et depuis son mariage , chassée de la cour pour avoir été trop bien avec Monseigneur: et M. de Créqui hors du royaume pour avoir été trop bien avec elle dans le temps qu'il étoit leur confident. Elle s'en consola à Paris où, avec un mari qui eut toujours pour elle des égards jusqu'au ridicule, et pour qui elle n'en eut jamais le plus léger, elle mena une vie fort libre, et joua tant qu'elle put le plus gros jeu du monde. Elle eut à la fin permission de se montrer à la cour, où elle ne parut que très-rarement et des instants. Le Bordage, à qui la paresse et la passion du jeu avoient fait quitter promptement le service, étoit de toutes les parties chez elle , et partout où elle alloit. Il en devint passionné , quoique fort accusé de n'avoir pas de quoi l'être. C'étoit une créature d'esprit et de boutades, qui ne se mettoit en peine de rien que de se divertir, de ne se contraindre sur quoi que ce fût, et de suivre toutes ses fantaisies. Elle joua tant et si bien, qu'elle se ruina sans ressource, et que, ne pouvant plus vivre ni peut-être se montrer à Paris, elle s'en alla au Puy dans les terres de son mari. La tristesse et l'ennui (quelques-uns l'ont accusée d'un peu d'aide) l'y firent tomber bientôt fort malade. Dès que le Bordage l'apprit, il y courut, et presque aussitôt après son arrivée il fut témoin de sa triste mort. Il en fut si outré de douleur, qu'il avala tout ce qu'il fallut d'opium pour le tuer, se jeta dans sa voiture, et ordonna qu'on le menât droit chez lui en Bretagne. Il n'eut pas fait grand chemin, que l'opium opéra. Ses valets , sur le soir, s'en aperçurent qu'il étoit comme mort et Sainï-Simon m 13

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