‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 240 sur 370 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Marsin, au refus de Villars, va commander l'armée d'Italie sous M. le duc d'Orléans, qui part pour l'Ilalie. — Mmes de Savoie, et Incontinent après M. de Savoie, sortis de Turin, défendu par le comte de Thun. — Folles corrses de La F.euillade après le duc de Savoie. — Duc d'Orléans passe au siège, dont il est peu content. — Mauvaise conduite de La Feuillade, fort haï. — Duc d'Orléans joint Vendôme et n'en peut rien tirer. — Vendôme à Versailles. — Vendôme pan pour Flandre, avec une lettre du roi, pour donner l'ordre et commander à tous les maréchaux de France. — Villeroy à A^eisailles sans avoir vu Vendôme, et ne voit point Cliamillart, avec qui il se hrouille, et tombe en disgrâce. — Guiscard^ sans lettre de service, retiré chez lui; seul sans nouvelles lettres de service. — Puységur à Versailles et en Flandre. — Traitement des ducs en pays étrangers. — Usurpaiions de rang de l'électeur de Bavière. — Traitements enu-e lui et M. de Vendôme.

— Villars, quoique affoibli, prend l'île du Marquisat, où StrelT est tué. — Caraman assiégé dans Menin, et le rend. — Jol^e action du chevalier du Rosel. — Ath piis par les ennemis. — Séparation des armées en Flandre.

— Le roi, amusé sur le voyage de Fontainebleau, ne le fait point cette année. — Kercado, maréchal de camp, tué. — Talon, Polastron, Rose, colonels, morts en Italie, et le prmce de Maubec colonel de cavalerie.

On sut bientôt le changement qui regardoit le commandement de l'armée d'Italie sous M. le duc d'Orléans. Villars n'en voulut point tàîer : il ne s'accommoda point de prendra l'ordre de M. de Vendôme , et aussi peu d'être sous un jeune prince. Il étoit parvenu aux richesses et aux plus grands honneurs. Sans balancer , il leur remit le marché à la main , et répondit tout net que le roi étoit le maUre de lui ôter le commandement de l'armée du Rhin, le maître de l'employer et de ne l'employer pas, mais que d'aller en Italie il ne pouvoit s'y résoudre, et qu'il supplioit le roi de l'en dispenser. Un autre que l'heureux Villars eût été perdu. De lui ou des conjonctures, tout fut trouvé bon. Le même courrier lui fut renvoyé avec ordre de demeurer à la tète de son armée , et un autre à Marsin portant, dès qu'il y seroit arrivé (et qu'on ne savoit où prendre par les chemins), de s'en aller en Italie par la Suisse au lieu de Villars. Le roi exigea de M. le duc d'Orléans la même parole à l'égard de celui-ci qu'il lui avoit fait donner pour l'autre. Il l'entretint longtemps à Mariy, le mercredi matin, 30 juin. M. le duc d'Orléan.i prit congé et s'en alla à Paris, d'où il partit le lendemain avec vingthuit chevaux et cinq chaises pour arriver en trois jours à Lyon, et pousser de là, sans s'arrêter, en Italie.

Mmes de Savoie sortirent de bonne heure de Turin et se retirèrent à Coni. M. de Savoie reçut assez mal les offres de silreté pour tous les lieux où elles voudroient aller, que La Feuillade lui envoya faire de la part du roi. Il répondit sèchement qu'elles étoient bien uu elles étoient. Lui-même quitta Turin à la fin de juin. Il en laissa le commandement au comte de Thun. qui ne s'en acquitta que trop bien, et qui longtemps depuis a été gouverneur du Milanois. M. de Savoie emmena^ toute sa cour , ses équipages et ses trois mille chevaux , et n'y en laissa que

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