CHAPITRE XXIX
Oublis. — Procès intenté par le prince de Guéméné au duc de Rohan sur le nom et armes de Roban. — Matière de ce procès. — Cause ridicule de ce procès. — Parti que le duc de Roban devoit prendre. — Excuse du roi, en pbnn chapitre, des trois seuls ducs ayant l'âge, non compris dans la promotion de 1688, — Raisons de l'aversion du roi pour le duc de Rohan. — Raison secrète qui fait roidir le duc de Rohan à soutenir ce procès, — Éclat du procès. — Conduite de Mme de Soubise, qui le fait évoquer devant le roi. — Conseil curieux où le procès se juge. — Le duc de Roban gagne entièrement son procès avec une acclamation publique. — Licence des plaintes des Roban, qui les réduisent aux désaveux et aux excuses à Mgr le duc de Bourgogne et au duc de Beauvilliers. — Le roi sauve le prince de Guéméné d'un hommage en personne au duc de Rohan, qui l'accorde au roi par procureur pour cette Tois. — Branche de Gué de l'Isle, ou du Poulduc, de la maison de Roban, attaquée par Mme de Soubise, maintenue par arrêt contradictoire du parlement de Bretagne. — Persécution au P. Lobineau, bénédictin, et mutilation de son Histoire de Bretagne.
Quelque soin que j'aie pris jusqu'à cet endroit, non-seulement de ne dire que la plus e.xacte vérité , mais de la ranger encore dans l'ordre précis des temps où sont arrivées les choses que j'estime mériter d'être écrites, il faut avouer qu'il m'en est échappé deux : l'une sur la maison de Rohan, l'autre sur la maison de Bouillon, la première de 1703, l'autre aussi de la même année. Il faut donc avant d'aller plus loin réparer cette faute dès que je m'en aperçois.
On se souviendra de ce qui a été expliqué (t. I", p. 358) sur la maison de Rohan , et les divers degrés d'art et de fortune qui l'ont portée au rang dont elle jouit maintenant. Il faut parler de la première érection du vicomte de Rohan en duché-pairie en faveur du célèbre duc de Rohan, gendre de l'illustre premier duc de Sully, du mariage de sa fille unique avec Henri Chabot , et de la seconde érection de Rohan en faveur de cet Henri Chabot , enfin du procès intenté par la maison de Rohan au duc de Rohan, fils unique de ce mariage, pour faire quitter à ses puînés le nom et les armes de Rohan, qui est l'oubli qu'il s'agit de réparer.
Le premier et célèbre duc de Rohan étoit mort en 1636. Sa veuve le survécut jusqu'en 1660. parfaitement huguenots l'un et l'autre jusqu'à leur mort. Henri IV érigea le vicomte de Rohan en duché-pairie en faveur de cet Henri de Rohan en 1603, enregistré la même année aux parlements de Paris et de Bretagne. L'érection porta cette clause : que la ligne masculine venant à manquer ^ la qualité de duc et pair demeu. reroit éteinte. Elle eut son effet par la mort de ce même duc de Rohan qui ne laissa qu'une fille unique née en 1617 , qui étoit peut-être alors la plus grande héritière qui fût dans le royaume. Cette raison et celle de la religion dont elle étoit fit toute la difficulté de son mariage du vivant de son père, et fort longtemps depuis. Le duc de Rohan, et depuis lui la duchesse sa veuve , ne la vouloient donner qu'à un huguenot comme eux. Tantôt il ne se trouvoit point de parti sortable pour elle dans cette religion, tantôt ceux qui auroient été écoutés avoient l'exclu-