‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 269 sur 370 · OUBLIS · texte numérisé non relu

OUBLIS

sion du roi , ensuite de la reine régente , qui vouloient ôter ces grands

établissements de terres en Bretagne à la religion prétendue réformée , dans une province si voisine de l'Angleterre, environnée de la mer de trois côtés, et à qui les temps permettoient encore d'être jalouse de ses privilèges. A ces difficultés il s'en étoit joint une autre qui arrêta des prétendants. Ce fut le procès de ceTancrède' qui se prétendoit son frère légitime de père et de mère, dont le procès a été trop célèbre et trop connu pour s'arrêter ici à l'expliquer, et qui ne se termina que par sa mort, arrivée, sans avoir été marié, au combat du faubourg Saint- Antoine, en 1649.

Mlle de Rohan s'ennuyoit cependant d'un célibat auquel elle ne voyoit point de fin, sous l'aile d'une mère jalouse et sévère. On étoit en 1046 au milieu des troubles de la régence ; elle avoit vingt-huit ans. Elle trouva Henri Chabot, seigneur de Saint-Aulaye, fort à son gré, qui étoit un des hommes do France le mieux fait et le plus agréable et qui n' avoit qu'un an plus qu'elle, arrière- petit-fils de Guy Chabot, seigneur de Jarnac , si connu par ce fameux duel auquel il tua François de Vivonne , seigneur de La Ghâteigneraie , en champ clos , lOjuillet 1647 , en présence du roi Henri II et de toute sa cour. Saint-Aulaye étoit dans l'intime confiance de Gaston et de M. le Prince , qui le servirent si bien dans un temps où ils pouvoient presque tout, qu'ils firent ce grand mariage malgré la duchesse de Rohan, qui n'avoit rien à dire sur l'alliance , mais qui se récrioit sur les biens et sur les établissements , dont en effet Saint-Aulaye n'avoit aucun, et qui étoit encore plus outrée de voir sa fille , qu'elle avoit si longtemps réservée à quelque grand parti de sa religion , épouser , avec tant de grands biens , un catholique dénué de tous ceux de la fortune. Elle eut beau crier et s'opposer , sa fille avoit vingt-huit ans : appuyée de Monsieur, de M. le Prince, et de l'autorité de la reine régente , elle fit à sa mère des sommations respectueuses et se maria.

Les puissants protecteurs de cet heureux époux fiient valoir ces fu« reurs de la mère et de plusieurs de ses proches, trop bien fondées sur la nudité de l'époux. Par là ils lui procurèrent des lettres , en décembre 1648, d'érection nouvelle du duché-pairie de Rohan pour lui et pour les enfants mâles qui naîtroient de ce mariage. Ils lui avoient aussi fait donner promesse du premier gouvernement de province qui viendroit à vaquer; il eut celui d'Anjou en 1647. Cette érection ne put être sitôt enregistrée à cause des troubles de la cour et de l'État. Dans l'intervalle, la reine et le cardinal Mazarin, mécontents de Gaston et de M. le Prince, s'en prenoient entre autres au nouveau duc de Rohan et empêchoient l'enregistrement. On sait de quelle façon cette affaire fut à la fin consommée malgré la cour, absente de Paris au fort des tiouhies. Un lundi 15 juillet 1652, Monsieur et M. le Prince menèrent le duc de Rohau à la grand'chambre , où ils avoient déjà fait deux fois la même

■t. Le proci'S de TancMvde coiilrc Mlle de Rnlian avait été jugé par le parlcmenl le '26 iévrier 4 04G. L'arrèl lui déiciidil de prendre le nom de tils du Icu duc de Rolinn.

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tentative, mais à cette troisième ils vinrent à bout avec autorité de faire enregistrer l'érection et de faire prêter le serment, et prendre place à M. de Rohan tout de suite en qualité de duc et pair de Rohan.

Il n'en jouit pas longtemps et mourut trois ans après, à trente-neuf ans, 27 février 1656, après avoir beaucoup figuré dans tous les troubles et les intrigues de son temps. Il laissa un fils unique, qui est le duc de Rohan dont il s'agit ici, la belle et florissante Mme de Soubise, Mme de Coetquen et la seconde femme du prince d'Espinoy , grand'mère du duc de Melun , en qui cette branche s'est éteinte , et bientôt après cette grande et illustre maison de Melun.

Il falloit expliquer tout cela avant que venir au fait, et il est encore nécessaire de dire qu'outre que l-e duc de Rohan n'étoit pas d'humeur accorte et facile, comme on l'a vu à l'occasion de notre procès de M. de Luxembourg, il avoit un ancien levain contre Mme de Soubise qui les a tenus mal ensemble toute leur vie, même dans les intervalles de leurs raccommodements. Leur mère, qui étoit Rohan , avoit toujours marqué une prédilection fort grande pour Mme de Soubise sa fille aînée, et par amitié pour elle, et peut-être encore plus pour l'avoir mariée à M. de Soubise, Rohan comme elle. Outre la jalousie et les aigreurs que cette prédilection avoit fait naître, le duc de Rohan étoit persuadé que sa mère avoit fait à M. et à Mme de Soubise tous les avantages directs et indirects qu'elle avoit pu à ses dépens. M. de Soubise dans ces temps-là étoit fort pauvre, M. de Rohan dcvoit être extrêmement riche, et cela des biens de la maison de Rohan: sa mère en représentoit l'aîné bien qu'elle ne la fût pas. Jean II , pénultième vicomte de Rohan , d'aîné en aîné, direct, de la maison de Rohan, laissa deux fils et deux filles : l'aîné, vicomte de Rohan après son père, mourut sans enfants de Françoise de Daillon du Lude ; le second , déjà sacré évêque de Cornouailles, succéda au vicomte de Rohan et à tous les biens. Les deux filles épousèrent deux Rohan : l'aînée le second fils du fameux maréchal de Gié, la cadette le seigneur de Guéméné, dont la branche étoit aînée de celle de Gié, mais qui en biens n'en fut que la cadette, parce que la bellefille du maréchal de Gié, comme l'aînée de Mme de Guéméné, emporta la vicomte de Rohan et tous les biens de la maison. Or, l'arrière-petitfils de ce mariage de l'héritière de la branche aînée de Rohan avec le second fils du maréchal de Gié fut le duc de Rohan , père de l'héritière qui épousa le Chabot, seigneur de Saint-Aulaye , père du duc de Rohan dont il s'agit, et qui, comme on l'a dit, n'avoit rien ou presque rien vaillant. Cette grande inégalité de biens, avec celte grande héritière qu'il épousoit, lui fit imposer la loi par son contrat de mariage , que les enfants qui en naîtroient yorteroient à toujours, et à leur postérité , le nom et les armes de Rohan, ce qui fut exécuté sans difficulté aucune , jusqu'au temps dont je vais parler.

Immédiatement avant la rupture de l'Angleterre , après l'avènement de Philippe V à la couronne d'Espagne , le duc de Rohan envoya ses deux aînés se promener en Angleterre. L'aîné portoit le nom de [)rmce de Léon , l'autre celui de chevalier de Rohan. Ils firent à Londres une dépense convenable à leur qualité; ils furent fort accueillis en cette

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