MORT ET FAMILLE DU PRINCE LOUIS DE BADE
Un moindre prince , mais de plus grande réputation , mourut en même temps, le prince Louis de Bade, à cinquante-deux ans, 11 étoit lils de Ferdinand-Maximilien , marquis de Bade, qui ne fit jamais parler de lui et de la fille de la princesse de Garignan, dernière princesse du sang de la branche de Bourbon-Soissons. Maximilien-Ferdinand l'avoit épousée à Paris en 1653 , et en eut deux ans après le prince Louis de Bade dont le roi fut le parrain. La princesse de Bade fut dame du palais.de la reine plusieurs années, sans prétention ni distinction d'avec les duchesses et les princesses établies en France, et n'en eut jamais, faisant sa semaine et son service auprès de la reine comme les autres dames du palais titrées , et roulant avec elles. Elle fut à la fin chassée , avec la princesse de Garignan, sa mère, pour des intrigues trop anciennes pour avoir place ici. Le prince de Bade, médiocrement content de sa femme, se retira dans ses États en 1658, y emmena son fils, et y mourut l'année suivante d'un coup de fusil qui lui cassa le bras comme il s'appuyoit dessus. Le prince Herman de Bade , son frère cadet , s'étoit attaché à l'empereur. Il devint premier commissaire impérial à la diète de Ratisbonne. gouverneur de Javarin, maréchal de camp général, président du conseil de guerre , la meilleure tête et le plus autorisé du conseil intime de l'empereur. Ce fut l'émule du fameux duc de Lorraine , qu'il barra, abaissa et tint éloigné en Tyrol tant qu'il put. Il ne fut point marié et mourut en 1691. Ce fut lui qui prit soin de son neveu et qui l'attacha à l'empereur. Il devint maréchal de camp général comme son oncle, et gagna sur les Turcs, en Hongrie, les importantes batailles de Jagodina, de Nissa, de Vidin et de Salankemen , où le grand vizir Cuprogli' et plus de vingt mille Turcs demeurèrent sur la place. Il commanda presque toujours depuis les armées impériales sur le Rhin, et passa justement pour un des plus grands capitaines de son siècle.
Il avoit épousé en 1690, une des deux filles du dernier des ducs de Saxe-Lauenbourg, sœur de la veuve du dernier des grands-ducs de Toscane-Médicis , qui, pour le dire en passant, étoit la première et la plus ancienne maison d'Allemagne, Il en laissa deux fils et une fille. L'aîné , accordé à notre reine , et le mariage près d'être célébré , la princesse de Bade apprit la mort du fils unique du prince de Schwartzenberg, qui, par un cas fort rare en Allemagne, laissoit sa sœur unique héritière de fort grands biens. Notre reine fut congédiée après avoir demeuré quelque temps auprès de la princesse de Bade pour la former à son gré comme sa future belle-fille ; son mariage rompu et celui de la fille de Schwartzenberg fait. Quelque temps après sa célébration, la princesse de Bade , qui étoit dévote , alla voir le prince de Schwartzenberg , et fit si bien auprès de lui , qu'elle lui fit reprendre sa femme avec qui il étoit fort mal depuis longtemps , et qui vivoit hors de chez lui. De ce raccommodement vint un fils qui réduisit la jeune princesse de Bade à l'état ordinaire , pour les biens , de toutes les filles des bonnes
^ . Il s'agit ici de Mustapha Cuprogli. Nous avons suivi , pour le nom de cette famille célèbre, rorllwgrapbe de Saint-Simon. On écrit quelquefois Koprogli, Kiuperli el Kioprili.