CHAPITRE XXXI
<707. — Retranchement d'élrennes et de partie de la pension de Mme de Monlespan. — Moit de Cauvisson, sa dépouille. —Survivance de secrétaire d'Étal au fds de Cliamillart. — Visites inusitées chez Cliamillart. — Bassesse de du Bourg, — Mort du roi de Portugal. — Mort et famille du prince Louis de Bade. — Grandeurs de Marlborough. — Entrevues étranges. Électeur de Cologne sacré, etc. — Naissance du second duc de Bretagne. — Mort de Saint-Hermine. — Mort de Mme de Montgon — Mme de La Vallière dame du palais. — Mariage de Gundrin avec une fille du maréchal de Noailles. — Mort du comte de Grammonl, son caractère. — Mort de La Barre. — Mort de Mme de Frontenac, sa famille, etc. — Mort de Mlle de Goello, sa famille. — Mort du chevalier de Gacé. — Mines inutilement cherchées aux Pyrénées. — Retour et personnage de Mme de Cajlus à la cour. — Union de lÉcosse avec l'Angleterre. — Marquis de Brancas et de Bay. — Port Malion repris par Philippe V. — Envoi d'argent de Mexique par le duc d'Albuquerque. — Prise considérable en mer sur les Anglois.
La situation pressée des affaires qui avoit fort augmenté les dépenses de la guerre par tout ce qu'on avoit perdu de troupes et de terrain avoit obligé le roi , depuis deux ou trois ans , à diminuer , puis à retrancher les etrennes qu'il donnoit aux fils et aux filles de France, qui se montoient fort haut. Le trésor royal lui apportoit tous les premiers jours de l'an pour les siennes trente-cinq mille louis d'or, de quelque valeur qu'ils fussent. Cette année, 1707 , il s'en retrancha dix mille. La cascade en tomba sur Mme de Montespan. Depuis qu'elle eut quitté la cour pour toujours, le roi lui donnoit douze raille louis d'or tous les ans, sur quelque pied qu'ils fussent; d'O étoit chargé de lui en porter trois mille tous les trois mois. Cette année, le roi lui manda par le même qu'il ne pouvoit plus lui en donner que huit mille. Mme de Mon-
370 RETRANCHEMENT d'ÉTRENNES. [1707]
tespan n'en témoigna pas la moindre peine; elle répondit qu'elle n'en étoit fâchée que pour les pauvres, à qui, en effet, elle donnoit avec profusion.
D'Alègre en eut de meilleures; ce fut une des trois lieutenances générales deLanguedoc, vacante par la mort subite de Cauvisson, sans enfants, sortant de dîner chez M. le Grand à Versailles. J'ai parlé de lui lorsque M. du Maine lui fit donner cette charge.
Charaillart en eut encore de plus considérables. Ce fut la survivance de sa charge de secrétaire d'État pour son fils unique de dix-huit ans. Le prétexte fut d'épargner au père trois ou quatre heures de signatures par jour, mais dans le fait , le roi étoit aussi libéral des survivances de ces importantes charges, qu'ava;e de toutes les autres. Il ne vouloit être servi par de fort jeunes gens que dans ses principales affaires, et croyoit montrer qu'il n'avoit besoin que de soi-même pour les gouverner. Cette même raison lui fit faire d'étranges choix en ce genre, indépendamment das survivances dont les suites ont été cruelles pour l'État et pour lui. Cette grâce fut un surcroît de disgrâces pour le maréchal de Villeroy , qui, non-seulement n'avoit pas voulu voir Chamillart à son retour, et avoit rompu hautemçnt avec lui, mais avoit défendu au duc de Villeroy de le voir, dont Charaillart avoit été peiné, et le roi l'avoit trouvé très-mauvais. Dans l'esprit de lui plaire . Monseigneur et M. le duc de Berry allèrent l'après-dînée voir Mme Chamillart et faire compliment à toute la famille; et Mme la duchesse d'Orléans qui, fort mal à propos, comme je l'ai remarqué ailleurs, ne faisoit plus de visite, quitta cette morgue pour celte fois, et alla aussi voir Mme Charaillart.
Bientôt après, le fils de Charaillart alla visiter les places frontières de Flandre et d'Alleraagne. Le comte du Bourg, longtemps depuis maréchal de France, n'eut pas honte de s'offrir et fut accepté pour lui servir de mentor en ce voyage. On ne lui en pouvoit choisir un meilleur; la merveille fut que tous les honneurs pareils , ou plus grands que ceux qu'auroit reçus un prince du sang, ne tournèrent point cetle jeune cervelle, qui conserva toute sa raison; et cet écolier, pour le bien dire, revint doux , modeste , officieux et respectueux comme s'il n'eût pas été fils du ministre favori et secrétaire d'Etat lui-même. Il se fit aimer partout.
La mort du roi de Portugal fit un deuil de six semaines. Il n'avoit eu qu'une fille morte sans alliance devant lui, de sa première femme. L'histoire de leur mariage et de la catastrophe du roi son frère est si connue, que je n'en dirai rien ici. 11 laissa plusieurs enfants de sa seconde femme, sœur de l'impératrice, et fille et sœur de l'électeur palatin , duc de Neubourg'.
4 . La phrase de Saint-Simon peut pa'-aîlre étrange dans sa forme elliptique, et c'est probablement ce qui a engagé les précédents éditeurs à la modifier. Celle phrase s'explique cependant facilement par la généalogie de la reine de Portugal: Marie-Sophie-Élisabelli, seconde femme de Pierre II, roi de Portugal, éldiil fille de Philippe-Guillaume, électeur palatin, et sœur de Jean-Guillaume qui, en <690, succéda à son père dans la dignité d'électeur palatin.