SES INSTANCES POUR ÊTRE SOULAGÉ
Où leur difficulté, le mettoit d'y remédier, faute de temps et de santé. II le faisoit souvenir de plusieui s temps et de plusieurs occasions où il les lui avoit exposées au vrai par des états abrégés : il le pressoit par les cas urgents et multipliés qui se précipitoient les uns sur les autres, et qui chacun demandoient un travail long , approfondi . continu , assidu , auquel, quand sa santé le lui permettroit, la multitude de ses occupations, toutes indispensables, ne lui laissoit pas une heure à s'y appliquer. Il finissoit que ce seroit bien mal répondre à ses bontés et à sa confiance , s'il ne lui disoit franchement que tout alloit périr, s'il n'y apportoit ce remède.
Il écrivoit toujours au roi à mi-marge, et le roi apostilloit à côté, de sa main, et lui renvoyoit ainsi ses lettres. Chamillart me montra cellelà, après qu'elle lui fut revenue. J'y vis avec grande surprise cette fin de la courte apostille de la main du roi : Eh bien! nous périrons ensrmhlc.
Chamillart en fut également comblé et désolé; mais cela ne lui rendit pas les forces. II manqua ues conseils, et surtout il se dispensa de ceux des dépêches lorsqu'il pouvoit éviter d'y rappoiter; ou s"il y avoit des aff"aires, le roi lui donnoit d'abord la parole, qui d'ailleurs va par ancienneté entre les secrétaires d'État , et dès qu'il avoit fait, il s'en alloit. La raison etoit qu'il ne pouvoit demeurer debout, et qu'au conseil des dépèches, tous les secrétaires d'État, même ministres, demeurent toujours debout, tant qu'il dure. Il n'y a que les princes qui en sont, c'est-à-dire. Monseigneur, Mgr le duc de Bourgogne, Monsieur, lorsqu'il vivoit, le chancelier; et s'il y a des ducs, comme M. de Beauvilliers, qui en étoit assis. Aux autres conseils, tous ceux qui en sont s'assoient , excepté s'il y entre , comme il arrive quelquefois , des maîtres des requêtes qui viennent rapporter quelque procès au conseil de finances, où ils ne s'assoient jamais, et y entrent en ces occasions avec les conseillers d'État du bureau où le même maître des requêtes avoit auparavant rapporté la même affaire. Alors, les conseillers d'État de ce bureau opinent immédiatement après lui, assis, et coupent par ancienneté de conseillers d'État les ministres, les secrétaires d'État, et le contrôleur général, et les uns et les autres y cèdent en tout aux ducs et aux officiers de la couronne , lorsqu'il s'en trouve au conseil, comme M. de Beauvilliers , qui étoit de tous , et les deux maréchaux de Villeroy avant et après lui.
La nécessité des affaires avoit fait embrasser toutes sortes de moyens pour avoir de l'argent. Les traitants en profitèrent pour attenter à tout, et les parlements n'étoient plus en état, depuis longtemps, d'user même faire des remontrances. On établit donc un impôt sur les baptêmes et sur les manages sans aucun respect pour la religion et pour les sacrements , et sans aucune considération pour ce qui est le plus indispensable et le plus fréquent dans la société civile Cet édit fui extrêmement onéreux et odieux. Les suites, et promptes, produisirent une étrange confusion. Les pauvres et beaucoup d'autres petites gens baptisoient euxmêmes leurs enfants sans les porter à l'église, et se marièrent sous la cheminée par le consentemeut réciproque devant témoins , lorsqu ils ne