IMPÔTS SUR LES BAPTÊMES ET MARIAGES
trouvoient point de prêtre qui voulût les marier chez eux et sans formalité. Par là plus d'extraits baptistaires, plus de certitude des baptêmes , par conséquent des naissances , plus d'état pour les enfants de ces sortes de mariages qui pût être assuré. On redoubla donc de rigueurs et de recherches contre des abus si préjudiciables, c'est-à-dire qu'on redoubla de soins, d'inquisition et de dureté pDur faire payer l'impôt.
Du cri public et des murmures on passa à la sédition en quelques lieux. Elle alla si loin à Cahors qu'à peine deux bataillons qui y étoient purent empêcher les paysans armés de s'emparer de la ville, et qu'il y fallut envoyer des troupes destinées pour l'Espagne , et retarder leur départ et celui de M. le duc d'Orléans. Mais le temps pressoit , et il en fallut venir à mander à Le Gendre , intendant de la province , de suspendre l'effet; on eut grand'peine à dissiper le mouvement du Quercy et, les paysans armés et attroupés, à les faire retirer dans leurs villages. En Périgord , ils se soulevèrent tous, pillèrent les bureaux, se rendirent maîtres d'une petite ville et de quelques châteaux, et forcèrent quelques gentilshommes de se mettre à leur tête. Ils n'étoient point mêlés de nouveaux convertis. Ils déclaroient tout haut qu'ils payeroient la taille et la capitation, la dîme à leurs curés, les redevances à leur seigneur, mais qu'ils n'en pouvoient payer davantage , ni plus ouïr parlei des autres impôts et vexations. A la fin, il fallut laisser tomber cet édit d'impôt sur les baptêmes et les mariages, au grand regret des traitants qui, par la multitude et bien autant par les vexations , les recherches inutiles et les friponneries, s'y enrichissoient cruellement.
Du Chesne , fort bon médecin , charitable et homme de bien et d'honneur , qui avoit succédé auprès des fils de France à Fagon , lorsque celui-ci devint premier médecin du roi, mourut à Versailles à quatrevin-ît-onze ans, sans avoir été marié ni avoir amassé grand bien. J'en fais la remarque, parce qu'il conserva jusqu'au bout une santé parfaite et sa tête entière, soupaut tous les soirs avec une salade et ne buvant que du vin de Champagne. Il conseilloit ce régime. Il n'étoit ni gourmand ni ivrogne , mais aussi il n'avoit pas la forfanterie de la plupart des médecins.
Meziéres , capitaine de gendarmerie , estimé pour son courage et pour son application à la guerre , épousa une Angloise , dont il étoit amoureux, qui étoit catholique. Elle s'appeloit Mlle Oglthorp. Elle étoit bien demoiselle , mais sa mère avoit été blanchisseuse de la reine , femme du roi Jacques II , et M. de Lauzun m'a dit souvent l'avoir vue et connue dans cette fonction à Londres. Elle avoit beaucoup de frères et de sœurs dans la dernière pauvreté. Elle avoit beaucoup d'esprit insinuant, et se faisant tout à tous, méchante au dernier point et intrigante également, nfatigable et dangereuse. Elle a eu des filles de ce mariage qui ne lui ont cédé sur aucun de ces chapitres , dont elles et leur mère ont rendu et rendent encore des preuves continuelles avec une audace , une hardiesse , une effronterie qui se prend à tout et n'épargne rien , et qui a mené loin leur fortune.
Meziéres étoit un homme de fort peu, du nom de Bélhisy , dont on