‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 342 sur 370 · PARTIS PROPOSÉS PAR MÉDAVY · texte numérisé non relu

PARTIS PROPOSÉS PAR MÉDAVY

Médavy y étoit resté avec les troupes que M. le duc d'Orléans marchant avec son armée à Turin lui avoit laissées en Lombardie, et avec lesquelles il remporta une victoire en même temps que se donna la bataille de Turin, qui en auroit réparé les malheurs, si. comme M. le duc d'Orléans le voulut , il avoit mené son armée en Italie , au lieu de la ramener dans les Alpes et dans le Dauphiné. Médavy se maintint avec ses troupes sans que les ennemis osassent l'attaquer ; il tenoit Mantoue et quantité d'autres places.

Ne renvoyant point de troupes en Italie , il restoit deux partis à prendre, que Médavy proposa tous deux, et du succès de celui des deux qu'on voudroit prendre il répondit. Le premier, et celui que Médavy appuyoit le plus, étoit celui de se cantonner en Lombardie, d'y abandonner à leurs propres forces les places qui ne s'y pourroient couvrir, de conserver les principales possibles, surtout Mantoue, de les bien munir toutes, et de se tenir sur la défensive en Lombardie, où la subsistance ne pouvoit manquer sans aucun autre secours, et fatiguer les ennemis par les courses de nos garnisons , et par la nécessité des sièges , les amuser ainsi en attendant les événements , et les empêcher de songer avenir nous attaquer chez nous, délivrés de toute guerre en Italie.

L'autre parti étoit de marcher avec sa petite armée , par les pays vénitiens et ecclésiastiques, très-neufs et très-abondants, droit au royaume de Naples. qui se maintenoit encore, mais qui ne pouvoit que tomber bientôt s'il n'étoit secouru en lui-même; ou par la diversion d'Italie, si on étoit en état et en volonté d'y en tenter quelqu'une. C'étoit au moins conserver à l'Espagne Naples et Sicile, et ne pas tout perdre à la fois en ne prenant aucun de ces deux partis, dont chacun des deux étoit trèspraticable. Mais il étoit écrit que les ténèbres dont nous étions frappés s'épaissiroient de plus en plus , et que le nombre et l'énormité de nos fautes entassées les unes sur les autres en Italie , la campagne dernière , seroient comblées par celle de son entier abandon.

Pour ce dernier parti on eut peur d'offenser un pape foible et une république infidèle qui avoit toujours favorisé ouvertement les Impériaux, et un pape qui , bien que de mauvaise grâce , n' avoit osé résister à leurs volontés. Ces deux si médiocres puissances sentoient bien alors la faute qu'elles avoient faite , et trouvoient les Impériaux devenus de beaucoup trop forts; mais cette même raison les tenoit en crainte, je n'oserois dire et nous avec eux. Le trajet étoil court, facile, sans obstacle quelconque à appréhender, et toujours dans l'abondance, et Naples et Sicile étoient sauvées. On en eût été quitte pour des cris de politique et pour des excuses de même sorte. On s'en fit des monstres ; on aima mieux regarder tout d'un coup Naples et Sicile comme perdues.

L'autre parti fut considéré comme trop hasardeux.

On tit à l'égard de Médavy et de ses troupes coupées d'avec la Fi ance , comme ces mères tendres, jusqu'à la sottise, qui ne veulent pas laisser aller leurs enfants faire ou essayer fortune par des voyages de long cours , dans la crainte de ne les revoir jamais. On oublia la conduite des grands rois et des grands capitaines qui . après les plus désespérés revers, se sont roidis à se soutenir contre la fortune, et par un léger 1p-

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