‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 38 sur 370 · MORT DE TERMES · texte numérisé non relu

MORT DE TERMES

les parties des mathématiques; ami intime, et d'abord disciple du P. Malebranche , et si connu lui-même par son livre des hifiniment petits. Sa mauvaise vue et son goût dominant pour ces sciences abstraites l'avoient retiré de bonne heure de la guerre et pour ainsi dire du monde.

En même temps mourut le baron de Bresse à Paris, celui même dont j'ai parlé sur le siège de Namur; il étoit fort vieux et cassé, et avoit du roi autour de vingt mille livres de rente, et lieutenant général.

Mme de Boisdauphin mourut aussi à Paris à quatre-vingts ans. Elle étoit sœur de Barentin , président au grand conseil , et fort riche héritière. Elle avoit épousé en premières noces M. de Courtenvaux, premier gentilhomme de la chambre, fils du maréchal de Souvré, gouverneur de Louis XIII , dont elle n'avoit eu que Mme de Louvois, et elle étoit veuve en secondes noces, sans enfants, du frère aîné de M. de Laval père de la maréchale de Rochefort. M. de Louvois, toute sa vie, avoit eu une grande considération pour elle, et ses enfants après lui : c'étoit une femme aussi qui savoit se faire rendre.

Termes mourut aussi presque en même temps. M. de Montespan et lui étoient enfants des deux frères. Il étoit pauvre , avoit été fort bien fait, et très-bien avec les dames en sa jeunesse; je ne sais par quel accident il avoit un palais d'argent qui lui rendoit la parole fort étrange; mais ce qui surprenoit c'est qu'il n'y paroissoit plus dès qu'il chantoit avec la plus belle voix du monde. Il avoit beaucoup d'esprit et fortorné, avoit peu servi et avoit bonne réputation pour le courage. Sans avoir bougé de la cour, à peine y put-il obtenir une très-petite subsistance. Je pense que le mépris qu'il s'y attira l'y perdit. Il eut la bassesse de vouloir être premier valet de chambre , et personne ne doutoit qu'il ne rapportât tout au roi, tellement qu'il n'étoit reçu dans aucune maison, ni abordé de personne. Il étoit poli et accostant, mais à peine lui répondoit-on en fuyant, tellement qu'il vivoit dans une solitude entière au milieu du plus grand monde. Le roi lui parloit quelquefois, et lui perrnettoit d'être à Marly dans le salon et à ses promenades dans ses jardins tous les voyages, sans demander, mais aussi sans avoir jamais de logement : il louoit une chambre au village. Il reçut une fois à Versailles une grêle de bastonnade de quatre ou cinq Suisses qui l'attendoient sortant de chez M. le Grand, à une heure après minuit, et l'accompagnèrent, toujours frappant, tout du long de la galerie. Il en fut moulu et plusieurs jours au lit. Il eut beau s'en plaindre et le roi se fâcher, les auteurs se trouvèrent sitôt qu'ils ne se trouvèrent plus. Quelques jours auparavant, M. le Duc et M. le prince de Conti avoient fait un souper chez Langlée , à Paris, après lequel il s'étoit passé des choses assez étranges. Le roi leur en lava la tète; ils crurent bien être assurés d'en avoir l'obligation à Termes, et le firent régaler comme je viens de dire, incontinent après. Gela fit un grand vacarme; mais on n'en fit que rire, et le roi fit semblant d'ignorer les auteurs. Il étoit vieux , brouillé avec sa femme , qui étoit fort peu de chose , et ne laissa qu'une tille religieuse, et un frère obscur, connu de personne et qui ne se maria point.

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