ARTIFICE DE LA PRINCESSE DES URSINS
espéroit d'y revenir, qui n'avoit aucune autre voie pour y réussir que de se conserver des occasions continuelles de parler des affaires et de la cour d'Espagne, et d'être écouté et consulté sur ces matières. Cela lui étoit ôté dès qu'elles passeroient par le canal naturel des ambassadeurs et des ministres du roi. Torcy , avec qui il avoit rompu , étoit celui qui , par son département . en avoit le détail, et qui faisoit et recevoit les dépêches des deux rois et voyoit même celles qui étoient de leur main. Par là, impossibilité qu"Harcourt pût se mêler de rien, ni mâme pénétrer ce qui se passoit, sans dépayser des gens si nécessairement nés et initiés dans ces affaires privativement à tous autres. Son intérêt, celui de ?i-me de Maintenon , celui de Mme des Ursins étoit en cela le même; ce fut aussi ce qui forma, puis affermit leur union intime, antérieure déjà entre Mme de Maintenon et Harcourt , et ce qui les roidit à soutenir Mme des Ursins pour ôter le secret et la confiance des affaires d'Espagne aux ambassadeurs et aux ministres et ne leur en laisser que le gros et les expéditions indispensables.
Sûre de cette position , Mme des Ursins leva le masque contre le cardinal et l'abbé d'Estrées, après avoir jeté ce régiment des gardes au cardinal Portocarrero , qui bien que réuni à eux n'osa d'abord après crier si haut qu'eux. Cette guerre déclarée fit un grand éclat. C'est ce que la camarera-mayor vouloit, qui se sentant si bien appuyée, demanda hautement la permission de se retirer en Italie , bien sûre de n'être pas prise au mot , et de faire tout retomber sur les Estrées qui ne pourroient demeurer avec elle , et de s'en délivrer par cet artificieux moyen. Il ne réussit pourtant pas sans combat.
Les ministres, qui sentoient que tout leur échappoit en Espagne si Mme des Ursins y demeuroit la maîtresse, soutinrent les Estrées tant qu'il leur fut possible , et Mme de Maintenon d'autre part à remontrer au roi le désespoir où on jetteroit la reine, en laissant retirer Mme des Ursins; qu'il étoit meilleur et plus sûr de gouverner le roi d'Espagne par la reine qui, quoi qu'on pût faire, seroit toujours m.aîtresse de sou cœur , et par là de son esprit lent et timide , laquelle elle-même seroit conduite par Mme des Ursins si sensée , si bien intentionnée , qui déjà avoit si parfaitement formé la reine ; que la facilité de voir le roi à tous moments , et avec toute liberté , à quoi un ambassadeur ne pouvoit prétendre , étoit une grande commodité pour toutes sortes d'affaires, que l'insinuation et le choix des temps feroit toujours passer comme on voudroit d'ici. A ces raisons , Mme de Maintenon , bien instruite par Harcourt et par son propre usage, ajouta celles de la défiance si fortes en notre cour. Ils persuadèrent au roi que Mme des Ursins , associée en tout à l'ambassadeur de France, formeroit une aide et un éclaircissement mutuel, que l'un par l'autre l'empêcheroient de tomber dans la dépendance des lumières et de la volonté de l'un des deux , et le mettroient en état de décider de tout sans prévention en connoissance de cause , et d'être obéi en Espagne, promptement et sûrement, sur tous les partis qui seroient pris à Versailles. Ce spécieux hameçon fut avalé avec facilité , et le roi ne voulut point ouïr parler de retraite en Italie , ni même que Mme des Ursins cessât d'avoir toute la part aux affaires qu'elle avoit