DUC DE GRAMMONT AMBASSADEUR
fils du maréchal de Grammont si adroit à être et à se maintenir bien avec tous les personnages, par là à se faire compter de tous, surtout à ne se pas méprendre sur ceux qui dévoient demeurer les maîtres des autres. Sans se détacher de personne , et néanmoins sans se rendre suspect, il étoit parvenu à la plus grande fortune et à la première considération par son intimité avec les cardinaux de Richelieu et Mazarin, dont il eut la confiance toute leur vie, conséquemment du dernier, Vamitié et la confiance de la reine et du roi son fils-, en même temps il sut s'acquérir celle de Gaston et celle de M. le Prince , qui eut toujours et dans tous les temps une sorte de déférence pour lui qui ne se démentit point. Ce fut lui qui fut chargé d'aller faire la demande de la reine, qu'il exécuta avec tant de magnificence et de galanterie , puis de l'ambassade pour l'élection de l'empereur Léopold avec M. de Lyonne. Les folies galantes de son fils aîné , le comte de Guiche , devinrent la douleur de sa vie , qui ôtèrent le régiment des gardes de sa famille , où il l'avoit mis, et qu'il ne put jamais faire passer de l'aîné au cadet, qu'on appeloit Louvigny et qui est le duc de Grammont dont je parle. Avec de l'esprit, le plus beau visage qu'on pût voir et le plus mâle, la considération de son père le rail dans tous les plaisirs de la jeunesse du roi et lui en acquit la familiarité pour toujours. Il épousa la fille du maréchal de Castelnau , avec qui il avoit poussé la galanterie un peu loin. Son frère , qui mourut depuis , et qui la laissa fort riche , n'entendit pas raillerie , et fit faire le mariage haut à la main. L'épouseur n' avoit point acquis bon bruit sur le courage , il ne l'avoit pas meilleur au jeu ni sur les choses d'intérêt , où dans son gouvernement de Rayonne , Béarn , etc., on avoit soin de tenir sa bourse de près. Ses mœurs n'étoient pas meilleures . et sa bassesse passoit tous ses défauts. Après les grands plaisirs du premier âge et le jeu du second , où le duc de Grammont suivit toujours les parties du roi , le sérieux qui succéda ne laissant plus d'accès particuliers et journaliers au duc de Grammont, il imagina de s'en conserver quelque chose par la flatterie et par le foible du roi pour les louanges , et se proposa à lui pour écrire son histoire. En effet , un écrivain si marqué plut au roi , et lui procura des particuliers pour le consulter sur des faits , et lui montrer quelques essais de son ouvrage. Il en fit part dans la suite, comme en grande confidence, à des gens dont il espéroit que l'approbation en reviendroit au roi, et de cette manière il se soutint auprès de lui. Sa plume toutefois n'étoit pas taillée pour une si vaste matière et qu'il n'entreprenoit que pour faire sa cour; aussi fut-elle peu suivie.
Lié aux Noailles par le mariage de son fils , et beau-père du maréchal de Boufflers , il se mit en tète plus que jamais d'être de quelque chose. Il brigua les ambassades , même jusqu'à celle de Hollande." C'est à quoi il étoit aussi peu propre qu'à composer des histoires ; mais à force de persévérance , il attrapa celle-ci dans une conjoncture où peu de gens eurent envie d'aller essuyer la mauvaise humeur de la catastrophe de Mme des Ursins. La surprise néanmoins en fut grande. On le connoissoit dans le monde , et de plus il venoit d'achever de se déshonorer en épousant une vieille gueuse qui s'appeloit La Cour. Elle avoit été femme