MANEGES DE MM. DE VENDÔME
tent d'eux; et cette suite si continuelle et si singulière de toutes leurs campagnes prouve peut-être plus l'excès du pouvoir qu'eut toujours auprès de lui leur naissance et la protection pour cela même de M. du Maine, conséquemment de Mme de Maintenon , que tout ce qu'on lui a vu faire avant et depuis pour les bâtards comme tels. De temps en temps quelque petite échauffourée soutenoit leur langage , dans un pays si coupé où deux grandes armées jouoient aux échecs l'une contre l'autre. A la mi-mai M. de Vendôme tenta l'exploit de chasser de Trin quelques troupes impériales : il y arriva trop tard , à son ordinaire , et trouva les oiseaux envolés. Il fit tomber sur une arrière-garde qui se trouva si bien protégée par de l'infanterie postée en divers lieux avantageux sur leur retraite, qu'elle se fit très-bien malgré lui. Il leur tua quatre cents hommes et prit force prisonniers, entre autres Vaubrune , un de leurs officiers généraux, grand partisan et fort hasardeux. Qui compteroit exactement ce que M. de Vendôme mandoit au roi chaque campagne qu'il tuoit ou prenoit aux ennemis ainsi en détail , y trouveroit presque le montant de leur armée. C'est ainsi qu'en supputant les pertes dont les gros joueurs se plaignent le long de l'année , il s'est trouvé des gens qui , à leur dire, avoient perdu plus d'un million, et qui en effet n'avoient jamais perdu cinquante mille francs. La licence et la débauche , l'air familier avec les soldats et le menu officier faisoit aimer M. de Vendôme de la plupart de son armée. L'autre partie , rebutée de sa paresse , de sa hauteur, surtout de l'audace de ce qu'il avançoit en tout genre, et retenue par la crainte de son crédit et de son autorité, laissoit ses louanges poussées à l'excès sans contradiction aucune, qui en faisaient un héros à grand marché ; et le roi , qui se plaisoit à tout ce qui en pouvoit donner cette opinion , devenoit sans cesse le premier instrument de la tromperie grossière dans laquelle il étoit plongé à cet égard.
Le fils de Vaudemont , nouveau feld-maréchal de l'empereur, et qui commandoit son armée à Ostiglia, y mourut en quatre jours de temps. Ce fut pour lui , pour sa sœur et pour ses deux nièces une très-sensible affliction, La politique leur fit cacher autant qu'ils le purent une douleur inutile puisqu'il n'y avoit point de remède. Mlle de Lislebonne et Mme d'Espinoy ne purent s'empêcher d'en laisser voir la profondeur à quelques personnes, ou par confiance, ou peut-être plus encore de surprise. Cette remarque suffit pour fournir aux réflexions.
Le vieux maréchal de Villeroy , grand routier de cour, disoit plaisamment qu'il falloit tenir le pot de chambre aux ministres tant qu'ils étoient en puissance, et le leur renverser sur la tête sitôt qu'on s'apercevoit que le pied commençoit à leur glisser. C'est la première partie de ce bel apophthegme que nous allons voir pratiquer au maréchal de Tessé, en attendant que nous lui voyions accomplir pleinement l'autre partie. Avec la même bassesse qu'il s'étoit conduit en Italie avec le duc de Vendôme , malgré les ordres si précis du roi de prendre sans ménagement le commandement sur lui, avec la même accortise, il fit la navette avec La Feuillade en Dauphiné et en Savoie, pour le laisser en chef quelque part et y accoutumer le roi. D'accord avec Chamillart, il fit le malade quand il en fut temps, le fut assez longtemps pour se