‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 66 sur 370 · ARMÉES DE FLANDRE ET DU RHIN · texte numérisé non relu

ARMÉES DE FLANDRE ET DU RHIN

en Flandre à commander les troupes françoises et espagnoles qui y étoient restées, et M. d'Overkerke celles des ennemis. Marlborough cependant passa le Mein entre Francfort et Mayence, et marcha par le Bergstras sur Ladenbourg pour y passer le Necker. Les maréchaux de Villeroy et de Tallard se virent, et se concertèrent, les troupes du premier sur Landau, celles du second sous Neustadt, d'où Tallard reraena son armée passer le Rhin sur le pont de Strasbourg le 1" juillet. Alors celle de Marlborough étoit arrivée à Ulm , et le prince Eugène . parti de Vienne , s'étoit rendu à Philippsbourg, d'où il étoit allé camper à Rothweil pour couvrir le Wiirtemberg, et ce dessein manqué mena son armée à Ulm , où il conféra avec le prince Louis de Bade et le duc de Marlborough qui avoient les leurs à portée.

Le maréchal de Villeroy suivit Tallard et passa le Rhin ; il entra dans le commencement des vallées de manière à pouvoir communiquer avec Tallard , et de le joindre même au besoin par des détachements avancés. Tous deux avoient perdu dans le Palatinat une précieuse quinzaine en revues et en fêtes et en attente des ordres de la cour. Villeroy. accoutumé à maîtriser Tallard son cousin . son courtisan et son protégé . toute sa vie, n'en rabattit rien pour le voir à la tête d'une armée indépendante de lui. Tallard, devenu son égal au moins en ce genre, trouva cette hauteur mal placée et voulut secouer un joug trop dur, et que l'autre n'avoit aucun droit de lui imposer. Cela fit des scènes assez ridicules , mais qui n'éclatèrent pas jusque dans le gros des armées. Tallard plus sage comprit pourtant qu'à la cour leur égalité cesseroit, et le besoin de ne se pas brouiller avec son ancien protecteur les remit un peu plus en mesure. Cette perte de temps fut le commencement des malheurs que le roi éprouva en Allemagne. Tallard devoit passer et le maréchal de Villeroy garder les gorges; cela se fit, mais trop tard. Donawerth est un passage très-important sur le Danube. La ville ne vaut rien : on fit des retranchements à la hâte sur l'arrivée de tant de troupes des alliés , et le comte d'Arco , maréchal des troupes de Bavière , se mit dedans; il fut attaqué avant que ses retranchements fussent achevés. 11 soutint très-bravement et avec capacité ses retranchements depuis six heures du soir jusqu'à neuf que, se voyant hors d'état d'y tenir davantage, il se retira en bon ordre à Donawerth qu'il abandonna le lendemain, passa le Danube, puis le Lech, et se retira à Rhein, d'où il compta pouvoir empêcher aux ennemis le passage de la rivière. Arco avoit du talent pour la guerre et une grande valeur; il étoit Piémontois d'origine, et avoit toujours été attaché au service de Bavière; il y étoit parvenu avec réputation au premier et unique grade militaire de ce pays-là. qui est maréchal, et M. de Bavière avoit obtenu qu'obéissant sans difficulté aux maréchaux de France, il commanderoit nos lieutenants généraux et ne rouleroit point avec eux, en sorte que, par cet expédient que la facilité du roi accepta par les liaisons étroites où il -étoit avec l'électeur, le comte d'Arco, qui se faisoit appeler franchement le maréchal d'Arco , commandoit nos troupes jointes à celles de l'électeur en l'absence de ce prince et des maréchaux de France, qui étoit une sorte de réciproque avec eux , et pour les honneurs militaires

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