COMBAT DE DONAWERTH
il les avoit pareils à eux dans ses troupes , et dans les nôtres fort approchant des leurs. On prétendit que les Impériaux eurent en ce combat presque tous leurs généraux et leurs officiers tués ou blessés, six mille morts et huit mille blessés; ce qu'il y a de plus avéré, c'est qu'on n'y perdit guère que mille François et cinq à six cents Bavarois. M. d'Arco présuma trop et se trompa. Les Impériaux passèrent le Danube tout de suite après avoir occupé Donawerth qu'il n'avoit pu tenir, traversèrent le Lech sans lui donner loisir de se reconnoître , l'obligèrent de leur quitter Rhein, où il s'étoit retiré, d'où ils dirigèrent leur marche droit sur Munich. L'électeur, effrayé de cette rapidité, et qui avoit déjà Marlborough en tête, cria au secours. Tallard , qui avoit ordre de s'établir dans le Wiirtemberg, et qui pour cela assiégeoit Villingen. que nous disons Fillingue, abandonna ce projet et se mit en marche droit vers l'électeur. Il faut ici faire une pause pour ne perdre pas haleine dans les tristes succès d'Allemagne en les racontant tout de suite , et retourner un peu en arrière avant de revenir au Danube.
Cependant Overkerke voulut profiter de la foiblesse dans laquelle le marquis de Bedmar avoit été laissé aux Pays-Bas. Le Hollandois bombarda, dix heures durant, Bruges où il ne fit presque point de dommage, et se retira très-promptement tout au commencement de juillet; et , à la fin du même mois , il jeta pendant deux jours trois mille bombes dans Namur qui brûlèrent deux magasins de fourrages et coûtèrent à la ville environ cent cinquante mille livres de dommage.
M. de Vendôme assiégea enfin Verceil. Il le promettoit au roi depuis longtemps; il y ouvrit la tranchée le 16 juin. La place capitula le 19 juillet . mais Vendôme les voulut prisonniers de guerre. Il leur permit seulement les honneurs militaires et de sortir par la brèche au bas de laquelle ils posèrent les armes. Trois mille trois cents hommes sortirent sous les armes. On trouva dedans tout le nécessaire pour le plus grand siège. Ce fut le prince d'Elbœuf qui apporta cette nouvelle.
M. de Savoie ne cessoit de secourir les fanatiques: le chevalier de Roannais prit une tartane ' pleine d'armes et de réfugiés, et en coula une autre à fond, chargée de même. Toutes deux étoient parties de Nice; une troisième, pareillement équipée, échoua et fut prise sur les côtes de Catalogne , que le vent avoit séparée de ces deux. Il y avoit de plus un vaisseau rempli d'armes, de munitions et de ces gens-là qu'on ne put prendre. L'abbé de La Bourlie y étoit embarqué, après être sorti du royaume sans aucun prétexte ni cause de mécontentement. Il s'étoit arrêté longtemps à Genève, puis avoit été trouver M. de Savoie, qui le jugea propre à aller soutenir les fanatiques en Languedoc. Comptant y arriver incessamment, il s'y étoit annoncé en y faisant répandre quantité de libelles très -insolents et très-séditieux , où il prenoit la qualité de chef des mécontents et de l'armée des hauts alliés en France. On surprit aussi de ses lettres à La Bourlie, son frère, qu'il convioit à le venir trouver et se mettre à la tète de ces braves gens, et
i. Les tartanes étaient de grosses barques de pêcheurs, qui allaient à rames et à voiles. Elles étaient en usage sur la Méditerranée.