‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 68 sur 370 · ABBÉ DE LA BOURLIE ET SON FRÈRE · texte numérisé non relu

ABBÉ DE LA BOURLIE ET SON FRÈRE

les réponses de ce frère, qui témoignoient l'horreur qu'il avoit de cette folie. Celui-ci venoit d'en faire plus d'une : c'étoit un homme d'une grande valeur, mais un brigand, et d'ailleurs intraitable. Il avoit le régiment de Normandie, qu'il quitta étant brigadier pour de fâcheuses affaires qu'il s'y fit, et se retira dans sa province. Quelque temps après il fut volé dans sa maison; il soupçonna un maître valet, à qui , de son autorité privée, il fit donner en sa présence une très-rude question. Cette affaire éclata, en renouvela d'autres fort vilaines qui s'étoient assoupies. 11 fut arrêté et amené à Paris dans la Conciergerie, L'abbé avoit beaucoup de bénéfices, violent et grand débauché, comme La Bourlie. Nous les verrons finir tous deux très-misérablement , l'un en France . l'autre en Angleterre. Ces deux frères furent de cruels pendants d'oreilles pour Guiscard, leur aîné, dans sa fortune et sa richesse. Leur père , qui s'appeloit La Bourlie , qui est leur nom , étoit un gentilhomme de valeur qui avoit été à mon père et qui en eut le don de quelques métairies au marais de Blaye, lorsque mon père prit soin de le faire dessécher. La Bourlie fit fortune; il succéda à Dumont dans la place de sous-gouverneur du roi , et eut après le gouvernement de Sedan. Il conserva toute sa vie de l'attachement et de la reconnoissance pour mon père. C'étoit aussi un fort galant homme. Guiscard s'en est toujours souvenu avec moi , avec son cordon bleu et ses ambassades, ses gouvernements et ses commandements.

Augicourt mourut ayant six mille livres de pension du roi et deu.x mille sur l'ordre de Saint-Louis, sans ce qui ne se savoit pas et qu'on avoit lieu de croire aller haut par son peu de bien et les commodités qu'il se donnoit et avec une cassette toujours bien fournie. C'étoit un gentilhomme de Picardie, né sans biens, avec beaucoup d'esprit, d'adresse, de valeur et de courage d'esprit. M. de Louvois, qui cherchoit à s'attacher des sujets de tête et de main dont il pût se servir utilement en beaucoup de choses, démêla celui-ci dans les troupes, qui, sans bien, n'espérant pas d'y faire aucune fortune, conseuiit volontiers à quitter son emploi pour entrer chez M. de Louvois. 11 n'y fut pas longtemps sans être employé; il s'acquitta bien de ce dont il étoit chargé, et mérita de l'être d'affaires secrètes et d'autres à la guerre en différentes occasions, 11 y fit bien les siennes et parvint à une grande confiance de M. de Louvois, qui le fit connoître au roi avec qui ces alfaires secrètes lui procurèrent divers entretiens pour lui rendre un compte direct ou recevoir directement ses ordres. La bourse grossissoit, mais ce métier subalterne qui ne menoit pas à une fortune mar(|uée dégoûta à la fin un homme gâté par la confiance d'un aussi principal ministre qu'étoit Louvois et qui se mêloit de tout, et par quelque part aussi en celle du roi, et un homme devenu audacieux et né farouche. Apres un assez long exercice de ce train de vie , il fut accusé de faire sa cour au ]oi aux dépens du maître qui le lui avoit produit. Quoi qu'il en soit, M, de Louvois le chassa de chez lui avec éclat et s'en plaignit, mais sans rien articuler de particulier, comme du plus ingrat, du plus faux, du plus indigne de tous les hommes.

Augicourt fut aussi réservé en justification que M. de Louvois en

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