DU DUC DE MANTOUE
Trémoille et l'héritière de Roye dont il étoit sorti , et tous les autres mariages de seigneurs et de leurs filles faits par les diverses branches de Bourbon. Quelque grandement honorables qu'en fussent les alliances directes , elles étoient devenues si onéreuses pour les biens , et si fâcheuses dans les suites par les procédés, qu'il y avoit pour elles maintenant aussi peu d'empressement dans la première noblesse que de dédains nouveaux dans les princes du sang , ce qui rendoit leurs enfants difficiles à marier, surtout les filles. Outre que M. de Mantoue parut un débauché pour sa fille à M. le Prince , il avoit des prétentions sur le Montferrat pour une grosse créance sur la succession de la reine Marie de Gonzague ' tante maternelle de Mme la Princesse, dont toute son industrie n'avoit jamais pu rien tirer depuis tant d'années , ballotté sans cesse entre la Pologne et la maison de Gonzague. Il espéroit donc se procurer le payement de cette dette de façon ou d'autre par sa fille devenant duchesse de Mantoue , si elle avoit des enfants , ou , si elle n'en avoit point, d'ajouter sa dot et ses droits à sa créance, et, par l'appui de la France, mettre le Montferrat dans sa maison. Il expliqua au roi ses vues et son dessein, qui lui permit de les suivre et qui lui promit de l'y servir de toute sa protection.
M. le Prince , qui craignoit là-dessus le crédit de M. le Grand , et son habitude avec le roi de tout emporter d'assaut, fit sentir au roi, et plus encore aux ministres, les prétentions des ducs de Lorraine sur le Montferrat, fortifiées de l'engagement formel de l'empereur, pendant cette guerre, d'y soutenir le duc de Lorraine de tout son pouvoir, si le duc de Mantoue venoit à mourir sans enfants (que la nécessité lui fit changer depuis en faveur du duc de Savoie, mais en insistant sur un dédommagement au duc de Lorraine, comme on le verra dans les Pièces concernant la paix d'Utrecht-); et le danger pour l'Étal de laisser mettre un pied en Italie au duc de Lorraine qui y rendroit l'empereur son protecteur d'autant plus puissant, et qui engageroit le roi à des ménagements même sur la Lorraine auxquels on n'étoit pas accoutumé, surtout en temps de guerre , et qui pouvoient devenir embarrassants. Ces raisons se firent sentir, le roi promit à M. le Prince tous les bons offices qui ne sentiroient ni la contrainte ni l'autorité : mais la laideur de Mile d'Enghien mit un obstacle invincible à cette affaire.
M. de Mantoue aimoit les femmes, il vouloitdes enfants; il s'expliqua sur les désirs de M. le Prince d'une façon respectueuse qui ne le pût blesser, mais si nette, qu'il n'osa plus espérer. La maison de Lorraine, informée par Yaudemont des d Jmarches qu'il avoit faites , et que la timidité de ce petit souverain, à l'égard du gouverneur du Milanois , avoit fait recevoir avec quelque agrément, ne trouva pas à Paris ses dispositions si favorables. Dès avant de partir de chez lui, son choix étoit fait et arrêté. Soupant avec le duc de Lesdiguières peu de temps avant sa mort, il avoit vu à son doigt un petit portrait en bague , qu'il le pria de
1. Marie de Gonzague, et non Mme de Gonzague, comme on lit dans les précédenies éditions, avait été reine de Pologne.