INTRIGUES DU MARIAGE
de Lorraine pour ne pas sentir l'importance de lui faire épouser une princesse de cette maison . qui après sa mort prétendoit le Montferrat. Si ce mariage lui donnoit des enfants, encore valoit-il mieux pour eux qu'ils fussent d'une Lorraine , qui cependant seroit très-dignement mariée , et longtemps veuve par la disproportion d'âge de sa belle-sœur [avec le mari] qu'il lui destinoit. pourroit pendant le mariage prendre de l'ascendant sur ce vieux mari , et veuve , sur ses enfants et sur le pays par la tutelle, et faire compter avec soi le roi même par rapport aux affaires d'Italie. Mme d'Elbœuf , troisième femme et veuve alors du duc d'Elbœuf , étoit fille aînée de la maréchale de Navailles, dont la mère , Mme de Neuillant , avoit recueilli Mme de Maintenon à son retour des îles de l'Amérique, l'avoit gardée, nourrie et entretenue chez elle, par charité, et pour s'en défaire l'avoit mariée à Scarron.
Mme de Navailles, dont le mari [fut] domestique et le plus fidèle confident de Mazarin jusque dans les temps les plus calamiteux de sa vie, avoit été dame d'honneur de la reine à son mariage; elle en avoit été chassée par le roi et avoit coûté à son mari la charge de capitaine des chevau-légers de la garde et le gouvernement du Havre de Grâce , pour avoir fait trouver au roi un mur au lieu d'une porte, par laquelle il entroit secrètement la nuit dans la chambre des filles de la reine. Les deux reines avoient été outrées de leur malheur , et la reine mère obtint en mourant leur rappel de leur exil en leur gouvernement de la Rochelle. Quoique le roi n'eût jamais bien pardonné ce trait à Mme de Navailles, qu'elle vînt très-rarement et très-courtement à la cour , le roi , surtout depuis sa dévotion , n'avoit pu lui refuser son estime et des distinctions qui la marquoient.
Sous ses auspices , Mme d'Elbœuf sa fille s'introduisit à la cour. Avec un air brusque et de peu d'esprit et de réflexion , elle se trouva trèspropre au manège et à l'intrigue. Elle trouva moyen de faire que Mme de Maintenon se piquât d'honneur et de souvenir de Mme de Neuillant, et le roi de considération pour feu M. et Mme de Navailles. La princesse d'Harcourt rompit des glaces auprès de Mme de Maintenon : M. le Grand s'intéressa auprès du roi; Mlle de Lislebonne et Mme d'Espinoy l'appuyèrent partout (car rien n'est pareil au soutien que toute cette maison se prête); Mme d'Elbœuf joua, fut à Marly , à Meudon , s'ancra, vit Mme de Maintenon quelquefois en privance. mena sa fille, belle et bien faite, à la cour, qui fut bientôt de tout avec Mme la duche<?se de Bourgogne. Elle y entra si avant et tellement encore dans le gros jeu . où elle avoit embarqué Mme la duchesse de Bourgogne avec elle en beaucoup de dettes que, soit ordre, comme on le crut, soit sagesse de la mère, elle étoit avec sa fille dans ses terres de Saintonge depuis plus de huit mois . et n'en revinrent que pour trouver M. de Mantoue à Paris. C'étoit Mlle d'Elbœuf que M. de Vaudemont vouloit lui donner, et dont il lui avoit parlé dès l'Italie , et pour elle que toute la maison de Lorraine faisoit les derniers efforts.
M. le Prince avoit une fille dont il ne savoit comment se défaire, enrichie des immenses biens de Maillé-Brézé, des connétables de Montmorency , sa mère et sa grand'mère héritières ; il avoit oublié la fille de La