NANGIS; MADAME DE LA VRILLIERE
fille de Tessé, à monter dans les carrosses, à manger, à aller à Marly, à être de tout chez Mme la duchesse de Bourgogne , qui se piquoit de reconnoissance pour Tessé qui avoit négocié la paix de Savoie et son mariage, dont le roi lui savoit fort bon gré. Maulevrier écuma des premiers ce qui se passoit à l'égard de Nangis ; il se fit donner des privances chez Mme la duchesse de Bourgogne par son beau-père; il s'y rendit assidu; enfin, excité par l'exemple, il osa soupirer. Lassé de n'être point entendu , il hasarda d'écrire; on prétendit que Mme Cantin, amie intime de Tessé , trompée par le gendre , crut recevoir de sa main des billets du beau-père , et que , les regardant comme sans conséquence , elle les rendoit. Maulevrier, sous le nom de son beau-père, recevoit, crut-on , la réponse aux billets par la même main qui les avoit remis. Je n'ajouterai pas ce qu'on crut au delà. Quoi qu'il en soit, on s'aperçut de celui-ci comme de l'autre , et on s'en aperçut avec le même silence. Sous prétexte d'amilié pour Mme de Maulevrier, la princesse alla plus d'une fois pleurer avec elle, et chez elle, dans des voyages de Marly, le prochain départ de son mari et les premiers jours de son absence , et quelquefois Mme de Maintenon avec elle. La cour rioit : si les larmes étoient pour lui ou pour Nangis, cela étoit douteux; mais Nangis toutefois, réveillé par cette concurrence, jeta Mme de La VriU lière dans d'étranges douleurs et dans une humeur dont elle ne fut point maîtresse.
Ce tocsin se fit entendre à Maulevrier. De quoi ne s'avise pas un homme que l'amour ou l'ambition possède à l'excès? Il fit le malade de la poitrine , se mit au lait , fit semblant d'avoir perdu la voix , et sut être assez maître de soi pour qu'il ne lui échappât pas un mot à voix intelligible pendant plus d'un an , et par là ne fit point la campagne , et demeura à la cour. Il fut assez fou pour conter ce projet et bien d'autres au duc de Lorges, son ami, par qui dans le temps même je le sus. Le fait étoit que , se mettant ainsi dans la nécessité de ne parler jamais à personne qu'à l'oreille, il se donnoit la liberté. de parler de même à Mme la duchesse de Bourgogne devant toute la cour, sans indécence et sans soupçon que ce fût en secret. De cette sorte , il lui disoit tout ce qu'il vouloit tous les jours , et il prenoit son temps de manière qu'il n'étoit point entendu , et que parmi des choses communes dont les réponses se faisoient tout haut , il en mêloit d'autres dont les réponses courtes se ménageoient de façon qu'elles ne pouvoient être entendues que de lui. Il avoit tellement accoutumé le monde à ce manège, qu'on n'y prenoit plus garde, sinon de le plaindre d'un si fâcheux état; mais il arrivoit pourtant, que ce qui approchoit le plus Mme la duchesse de Bourgogne en savoit assez pour ne s'empresser pas autour d'elle quand Maulevrier s'en approchoit pour lui parler. Ce même manège dura plus d'un an , souvent en reproches , mais les reproches réussissent rarement en amour; la mauvaise humeur de Mme de La Vrillière le tourmentoit; il croyoit Nangis heureux, et il vouloit qu'il ne le fût pas. Enfin, la jalousie et la rage le transportèrent au point de hasarder une extrémité de folie.
Il alla à la tribune sur la fin de la messe de Mme la duchesse de