MORT DE M. DE DURAS
car celui-là se damne bien sûrement avec lui , et pour cela n'en a pas un morceau de plus, ni un grain de liberté, ni de considération dans son couvent. Il faut être fou pour se damner à si bon marché. » Il n'aimoit point les jésuites , il lui étoit resté un levain contre eux du commerce qu'il avoit eu avec des prêtres attachés au Port-Royal lors de sa conversion, et qu'il avoit conservé toute la vie avec eux.
Il avoit suivi M. le Prince auquel il s'étoit attaché plutôt par complaisance pour ses oncles de Bouillon et de Turenne. Il étoit le meilleur officier de cavalerie qu'eût eu le roi , et le plus brillant pour mener une aile et un gros corps séparé. A la tête d'une armée , il n'eut ni les mêmes occasions ni la même application : il mena pourtant très-bien le siège de Philippsbourg, et le reste de cette courte campagne où le roi lui avoit confié les premières armes de Monseigneur. Mal d'origine avec Louvois à cause de M. de Turenne, et dégoûté des incendies du Palatinat.et des ordres divers qu'il reçut sur le secours de Mayence.se trouvant dans la plus haute fortune , il envoya tout promener, et n'a pas servi depuis. Il avoit fort brillé en chef à la guerre de Hollande et aux deux conquêtes de la Franche-Comté, dont il eut le gouvernement à la dernière. Le roi lui avoit donné fort jeune un brevet de duc pour faciliter son mariage avec Mlle de Ventadour, qui fut longtemps heureux; un démon domestique les brouilla. Ils trouvèrent à Besançon Mlle de Bauffremont, tante paternelle de ceux-ci, laide, gueuse, joueuse, mais qui avoit beaucoup d'esprit, et qui sut leur plaire assez pour la prendre avec eux et la mener à Paris, où ils l'ont gardée bien des années. L'enfer n'étoit pas plus méchant ni plus noir que cette créature : elle s'étoit introduite dans la maison par Mme de Duras; elle s'empara du cœur du maréchal, fit entre eux des horreurs qui causèrent des éclats, et qui confinèrent la maréchale à la campagne, dont elle n'est jamais revenue que pour de courts voyages de fort loin à loin, et où elle aimoit mieux sa solitude que la vie où elle étoit réduite à l'hôtel de Duras. Mlle de Baufi"remont y en fit tant dans la suite que le maréchal la congédia, mais pour se livrer à une autre gouvernante qui ne valoit pas mieux, et qui, avec de l'esprit, de l'audace, une effronterie sans pareille, des propos de garnison où pourtant elle n'avoit jamais été , et le jeu de même , le gouverna de façon qu'il ne pouvoit s'en passer , qu'elle le suivoit exactement partout à Versailles et à Paris , domina son domestique , ses enfants , ses affaires , en tira tant et plus , et jusqu'à son déjeuner le matin, l'envoyoit chercher chez lui.
C'étoit une commère au-dessus des scandales, et qui rioit de celui-là comme n'y pouvant avoir matière. Cela dura jusqu'à la mort du maréchal, que le curé de Saint-Paul se crut obligé en conscience de la chas- 6er de l'hôtel de Duras avec éclat par sa résistance, quoi que pût faire la maréchale arrivée sur cette extrémité , pour sauver cet affront. Depuis que le maréchal étoit devenu doyen des maréchaux de France, on n'appeloit plus sa dame que la connétable ; elle en rioit et le trouvoit fort bon. Cette dangereuse et impudente créature étoit fille deBesmaux, gouverneur de la Bastille, et femme de Saumery, sous-gouverneur des enfants de France , dont elle eut beaucoup d'enfants , et qui , avec toute