AU DUC ET A LA DUCHESSE DE BOURGOGNE
Elle le vouloit aussi pour M, le duc de Berry, mais ce prince fut si aise d'être affranchi là-dessus qu'il voulut servir M. le Dauphin le samedi matin. M. le Dauphin et Mme la Dauphine n'avoient pas ouvert la bouche là-dessus. Mais ce prince, pour faire une honnêteté à M. son frère , refusa d'en être servi jusqu'à ce qu'ils eussent vu le roi. Ils le virent le dimanche suivant, et le lendemain lundi M. le duc de Berry alla exprès au coucher de Mgr le Dauphin et lui donna sa chemise, qui, dans le moment qu'il l'eut reçue , embrassa tendrement M. son frère.
Il fallut encore quelques jours à Mme la duchesse de Berry pour se résoudre. A la fin il fallut bien finir. Elle fut à la toilette de Mme la Dauphine, à qui elle donna la chemise, et à la fin de la toilette lui présenta la sale '. Mme la Dauphine , qui n'avoit jamais fait semblant de se douter de rien de ce qui s'étoit passé là-dessus . ni de prendre garde à un délai si déplacé , reçut ces services avec toutes les grâces imaginables , et toutes les marques d'amitié les plus naturelles. Le désir extrême de la douceur de l'union fit passer Mme la Dauphine généreusement sur cette nouvelle frasque , comme si , au lieu de Mme la duchesse de Berry, c'eût été elle qui eût eu tout à y gagner ou à y perdre.
J'ai remarqué que Mme la Dauphine alloit voir le roi tous les jours à Marly. Elle y reçut un avis de Mme de Maintenon qui mérita sans doute quelque surprise, d'autant plus que ce fut dès sa seconde visite, c'està-dire dès le lendemain de la mort de Monseigneur, qu'elle fut voir le roi à son réveil , et le soir encore chez Mme de Maintenon : ce fut de se parer avec quelque soin , parce que la négligence de son ajustement déplaisoit au roi. La princesse ne croyoit pas devoir songer à des ajustements alors ; et quand elle en auroit eu la pensée , elle auroit cru avec grande raison commettre une grande faute contre la bienséance , et qui lui auroit été d'autant moins pardonnée qu'elle gagnoit trop en toutes façons à ce qui venoit d'arriver pour n'être pas en garde là-dessus contre elle-même. Le lendemain donc elle prit plus de soin d'elle ; mais cela n'ayant pas encore suffi, elle porta le jour suivant de quoi s'ajuster en cachette chez Mme de Maintenon , où elle le quitta de même avant d'en revenir à Versailles . pour , sans choquer le goût du roi , ne pas blesser le goût du monde, qui auroit été difficilement persuadé qu'il n'entroit que de la complaisance dans une recherche de soi-même si à contre-temps- La comtesse de Mailly, qui trouva cette invention de porter la parure pour la prendre et la quitter chez Mme de Maintenon , et Mme de Nogaret, qui toutes deux aimoient Monseigneur, me le contèrent et en étoient piquées. On peut juger de là, et par les occupations et les amusements ordinaires qui reprirent tout aussitôt, comme on l'a vu, leurs places dans les journées du roi , sans qu'il parût en lui aucune contrainte , que si sa douleur avoit été amère , elle avoit aussi le sort de celles dont la violence fait augurer qu'elles ne seront pas de durée. Il y eut une assez ridicule dispute élevée tout aussitôt sur la garde-
^ . La sale était une soucoupe de vermeil, sur laquelle on présentait à la reine et aux princesses les boites, étuis, montres, éventails, etc., couverts d'ua taffetas brodé, qu'on levait en leur oiTrant ces objets.