‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 12 sur 345 · DISPUTE POUR LA GARDE-ROBE DU DAUPHIN · texte numérisé non relu

DISPUTE POUR LA GARDE-ROBE DU DAUPHIN

robe du nouveau Dauphin, dont M. de La Rochefoucauld prétendit disposer, comme il faisoit de celle du roi , par sa charge de grand maître de la garde-robe. Il aimoit encore, tout vieux et aveugle qu'il étoit, à tenir et à conserver , et il alléguoit qu'il ne demandoit , à l'égard du nouveau Dauphin, que ce qu'il avoit eu, et sans difficulté exercé, pendant la vie de Monseigneur. Il avoit oublié sans doute qu'il ne se mêla de la garde-robe de ce prince qu'après la mort de M. de Montausier qui s'en faisoit soulager par la duchesse d'Uzès sa fille, et de la colère où, sur les fins de la vie du duc de Montausier, le roi se mit contre elle, fort au delà de ce que la chose valoit, pour un habit de Monseigneur, dans le temps que le roi avoit entrepris de bannir les draps étrangers, et de donner vogue à une manufacture de France dont les draps étoient rayés partout. Je me souviens d'en avoir porté comme tout le monde, et que cela étoit fort vilain. Les raies de l'habit de Monseigneur ne parurent pas tout à fait comme les autres ,. et le roi avoit le coup d'œil fort juste; vérification faite . il se trouva que le drap étoit étranger et contrefait, et que Mme d'Uzès y avoit été attrapée. Le duc de Beauvilliers allégua sa charge, et ses provisions de premier gentilhomme de la chambre, et de maître de la garde-robe du prince dont il avoit été gouverneur, et l'exemple dernier du duc de Montausier. Il n'en fallut pas davantage , et le duc de La Rochefoucauld fut tondu.

Le roi , dès les premiers jours de sa solitude , se laissa entendre au duc de Beauvillers , qui alloit tous les jours à Marly , qu'il ne verroit pas volontiers le nouveau Dauphin faire des voyages à Meudon. C'en fut assez pour que ce prince déclarât qu'il n'y mettroit pas le pied, et qu'il ne sortiroit point des lieux où le roi se trouveroit-, et, en effet, il n'y fit jamais depuis une seule promenade. Le roi lui voulut donner cinquante mille livres par mois comme Monseigneur les avoit; M. le Dauphin en remercia. Il n'avoit que six mille livres par mois, il se contenta de les doubler et n'en voulut pas davantage. C'étoitle chancelier qui étant contrôleur général avoit fait pousser le traitement de Monseigneur jusqu'à cette somme. Ce désintéressement plut fort au public. M. le Dauphin ne voulut quoi que ce soit de particulier pour lui , et persista à demeurer à cet égard comme il étoit pendant la vie de Monseigneur. Ces augures d'un règne sage et mesuré firent concevoir de grandes espérances.

J'ai expliqué ailleurs la très moderne et fine introduction de l'art des princes du sang, et de leurs valets principaux, de les appeler Monseigneur ^ qui, comme tous leurs autres honneurs, rangs et distinctions, devinrent bientôt communs avec les bâtards. Rien n'avoit tant choqué Mgr le duc de Bourgogne , qui jusque-là n'avoit jamais été appelé que Monsieur^ et qui ne le fut Monseigneur que par la manie de les y appeler tous. Aussi , dès qu'il fut Dauphin . il en fit parler au roi par Mme la Dauphine ; puis , avant d'aller à Marly , déclara qu'il ne vouloit point être ni nommé Monseigneur, comme Monseigneur son père , mais M. le Dauphin, ni, quand on lui parleroit, autrement que Monsieur. Il y fut même attentif , etreprenoit ceux qui dans les commencements n'y étoient pas accoutumés. Cela embarrassa un peu les princes du sang; mais, à l'abri de M. le duc de Berry et de M. le duc d'Orléans, ils retinrent le Mon

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