‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 128 sur 345 · MORT DU DUC DE LESDIGUIÈRES · texte numérisé non relu

MORT DU DUC DE LESDIGUIÈRES

la tête, fort en faveur alors, qui le tirèrent d'affaire. Il conserva longtemps depuis ses emplois et ses amis , et quoique sa réputation eût fort souffert de son affaire . il demeura dans le monde comme s'il n'en avoit point eu. Il est sorti de ses bureaux force financiers qui ont fait grande fortune. Celle de Crosat , son caissier , est connue de tout le monde.

Le duc de Lesdiguières mourut à Paris à quatre-vingt-cinq ans, sans enfants , et en lui fut éteint ce duché-pairie. C'étoit un courtisan imbécile, frère des duc et maréchal de Créqui, qui n'étoient rien moins. J'en ai parlé sous le nom de Canaples , qu'il portoit lors du voyage de la maison de Mme la duchesse de Bourgogne au-devant d'elle à Lyon , où il commandoit , et à l'occasion de son mariage. Sa femme, qui tenoit beaucoup de l'esprit des Mortemart , eut la sottise de le pleurer. On se moqua bien d'elle : « Que voulez-vous , dit-elle , je le respectois comme mon père et je l'aimois comme mon fils. » On s'en moqua encore davantage ; elle n'osa plus pleurer. Elle avoit passé sa vie dans une grande contrainte avec Mme de Montespan-, ce mari la contraignoit encore davantage; avec tout son esprit, elle se trouva embarrassée de sa liberté. Il avoit neuf mille livres de la ville de Lyon , que le roi donna au duc de Villeroy. Canaples , cousin germain des Villeroy , avoit eu par eux le commandement de Lyon après l'archevêque de Lyon , frère du vieux maréchal de Villeroy, qui lui avoit fait donner douze mille livres par la ville. Canaples les eut en lui succédant. On l'ôta à force d'imbécillités. Le maréchal de Villeroy fit mettre Rochebonne à sa place avec mille écus , et c'est les neuf mille livres qui furent laissées à Canaples qu'eut le duc de Villeroy.

M. Pelletier, qui avoit été ministre et contrôleur général des finances, mourut à Paris à plus de quatre-vingts ans. J'ai suffisamment parlé de lui lors de sa belle retraite , qu'il soutint admirablement. Il avoit une grosse pension, voyoit le roi quelquefois par les derrières, qui le traitoit toujours avec beaucoup d'estime et d'amitié , et dont il a obtenu tout ce qu'il a voulu depuis sa retraite , et les établissements les plus considérables dans la robe pour sa famille.

Le chancelier perdit aussi son frère , accablé d'apoplexies , qu'il aimoit fort, quoique ce ne fût pas un grand clerc, mais un fort honnête homme , extrêmement riche par sa femme. Son frère l'avoit fait intendant de Paris, qu'il n'étoit plus, et conseiller d'État. Il laissa des enfants que leur richesse ni leur parenté n'ont pu sauver de leur peu de mérite et de la dernière obscurité.

Le vieux Serrant mourut aussi extrêmement vieux , dans sa belle maison de Serrant en Anjou, où il étoit retiré depuis longues années. Il avoit été maître des requêtes et surintendant de Monsieur. Il étoit Bautru , bourgeois de Tours , extrêmement riche , oncle et beau-père de Vaubrun , grand-père de l'abbé de Vaubrun et de la duchesse d'Estrées. Son petit-fils , le chevalier de Maulevrier , Colbert par son autre fille , mourut en même temps de la petite vérole , fort aimé , estimé et regretté à la guerre , où il s'étoit fort distingué , et étoit devenu maréchal de camp fort jeune. Son père étoit frère de M. Colbert, mort étrangement,

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