‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 129 sur 345 · MORT DE LA PRINCESSE DE FURSTEMBERG · texte numérisé non relu

MORT DE LA PRINCESSE DE FURSTEMBERG

chevalier de l'ordre, de douleur de n'être pas maréchal de France, qu'il méritoit. M. de Louvois , pour l'en empêcher ne pouvant pis , lui fit donner l'ordre en 1688.

En même temps mourut aussi la princesse de Fiirstemberg. On a vu (t. II. p. 85) qui étoit son mari, qui fut le dernier de sa maison, des premiers et des plus anciens comtes de l'empire, et dont le père en avoit été fait prince, qui étoit frère de l'évêque de Strasbourg et du cardinal de Fùrstemberg. La princesse de Fiirstemberg étoit fille unique et fort riche de Ligny, maître des requêtes, et de la sœur de la vieille Tambonneau, et de la mère du duc et du cardinal de Noailles. Elle avoit été extrêmement jolie, faite à peindre, et quoique boiteuse, dont elle ne se cachoit point , elle avoit été une des meilleures danseuses de son temps. C'étoit la meilleure et la plus aimable femme du monde , dont elle étoit extrêmement, et d'une naïveté très-plaisante. Elle étoit amie intime de la duchesse de Foix , et logeoit et couchoit à Versailles avec elle. Un soir que Mme de Foix s'éloit amusée fort tard à jouer chez M. le Grand , elle trouva la princesse de Fiirstemberg couchée, qui, d'une voix lamentable, lui dit qu'elle se mouroit, et que c'étoit tout de bon. Mme de Foix s'approche, lui demande ce qu'elle a; l'autre dit qu'elle ne sait, mais que depuis deux heures qu'elle est au lit , les artères lui battent , la tête lui fend , et qu'elle a une sueur à tout percer , qu'enfin elle se trouve très-mal et que le cœur lui manque. Voilà Mme de Foix bien en peine , et qui de plus, n'ayant point dautre lit, va par l'autre ruelle pour se coucher au petit bord. En se fourrant doucement pour ne pas incommoder son amie , elle se heurte contre du bois fort chaud ; elle s'écrie ; une femme de chambre accourt avec une bougie; elles trouvent un moine dont on avoit chaufi"é le lit, que la Fùrstemberg n'avoit point senti, et qui, par sa chaleur, l'avoit mise dans l'état où elle étoit. Mme de Foix se moqua bien d'elle, et toute la cour le lendemain.

Je ne sais comment un Allemand de la naissance de son mari l'avoit épousée. Il la planta là quelques années après , et s'en retourna en Allemagne, où il devint le premier ministre de l'électeur de Saxe, et gouverneur en plein de l'électorat quand ce prince fut en Pologne. Sa femme n'avoit jamais été assise, ni prétendu à l'être. Le cardinal de Fùrstemlierg, fort en faveur, prétexta que son neveu la demandoit. Elle fit longtemps ses paquets et ses adieux : sur le point de partir, le cardinal de Fùrstemberg témoigna au roi sa douleur de la situation de son neveu avec sa femme , qu'il n'avoit osé mener en Allemagne , à cause de la mésalliance ; que ses occupations l'empêchoient de se mêler de ses aff'aires domestiques -, que sa maison s'éteignoit ; que ces raisons le forçoient de la faire venir auprès de lui pour ne plus revenir en France ; que ce lui seroit une grande consolation , et à son neveu un grand moyen de bien faire recevoir sa femme , si , en partant d'ici , le roi lui vouloit faire la grâce de la faire asseoir à son souper ; qu'il ne le demandoit qu'en prenant congé, et pour une fois unique. Le roi, accoutumé à ne rien refuser à un homme qui l'avoit si bien servi, et tant et si dangereusement souffert pour lui, l'accorda à cette condition. Elle s'assit donc, mais se garda bien de prendre congé. Le voyage parut différé. Incontinent après ,

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