‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 136 sur 345 · TÉMÉRITÉ DU PRINCE EUGÈNE · texte numérisé non relu

TÉMÉRITÉ DU PRINCE EUGÈNE

gouverneur de Mgr le duc de Bretagne , né le 8 janvier 1 707 . lorsqu'il seroit en âge de sortir des mains des femmes, place dont il y avoit d'autant plus d'apparence que le roi en laisseroit la disposition au Dauphin, qu'il venoit de lui donner celle d'une autre principale, et qui ne lui étoit ni si directe ni si intime. Dieu qui souffle sur les projets des hommes n'a pas permis l'accomplissement de celui-là. On verra bientôt enterrer ce jeune prince avec toute l'espérance et le bonheur de la nation, et avec toutes les grâces, les charmes et les plaisirs de la cour. Ainsi Charost, par des événemens uniques, eut le pont d'or que la compagnie des gardes valut à sa famille pour s'en démettre , rattrapa en sus cette même compagnie , et on verra qu'outre qu'il la fit passer à fils et à petits-fils , avec les charges qui en avoient été la récompense et la dignité de duc et pair où elle l'avoit porté, il eut encore la place qui m'avoit été destinée . et dont la vue fit préférer Charost pour la charge de capitaine des gardes du corps.

Les armées du Rhin et des Alpes passèrent de part et d'autre la campagne à s'observer, et à subsister, Besons, qui soulageoit fort d'Harcourt, vivoit aux dépens de l'ennemi au delà du Rhin, tandis quHarcourt étoit demeuré dans nos lignes de Weissembourg, avec le gros de l'armée , que Besons rejoignit après avoir consommé tout ce qu'il avoit pu de fourrages. Le reste de la campagne s'y passa dans cette tranquillité jusqu'à la mi-octobre , qu'Harcourt, ne voyant plus rien à craindre , la laissa en quartiers de fourrages sous Besons , et s'en alla prendre des eaux à Bourbonne,

Berwick , toujours sur une assez foible défensive , faute de troupes et de moyens à pouvoir mieux , ne fut que mollement inquiété ; M, de Savoie , qui commandoit son armée , auroit pu l'attaquer plus d'une fois avec beaucoup d'avantage, mais il fut retenu par ses soupçons et plus encore par son mécontentement. Il prit ombrage du trop grand affoiblissement de la France . qui faisoit trop pencher la balance , et il ne pouvoit obtenir du nouveau gouvernement de Vienne de lui tenir les paroles qu'il avoit tirées du précédent, sur des cessions en Lombardie , ni en tirer les payements de ce qui lui étoit dû de subsides.

En Flandre le prince Eugène et le duc de Marlborough , dans leur union accoutumée , se contentèrent longtemps de vivre aux dépens des pays du roi et de resserrer son armée dans des lignes. A ce qui s'y étoit passé les années précédentes , c'étoit pour celle-ci en être quitte à bon marché, quoique fort honteux. Néanmoins ces avantages des alliés, quoique très-réels , ne leur parurent pas dignes de leurs campagnes ordinaires. Marlborough, au faîte de la gloire et de la plus haute fortune où un capitaine de sa nation pût parvenir, se trouvoit menacé d'un funeste revers qu'il avoit un pressant intérêt de parer par quelque grand coup qui ranimât son parti, et qui pût ébranler celui qui lui étoit contraire. Le prince Eugène personnellement mal avec l'archiduc successeur de son frère , et fort en brassière avec le nouveau gouvernement de Vienne, avoit le même intérêt que Marlborough.il leur étoit particulier à chacun , et en commun ils avoient celui de la continuation de la guerre qui maintenoit toute leur autorité . leur puissance et leurs établisse-

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