‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 139 sur 345 · U] SIEGE DE BOUCHAIN · texte numérisé non relu

U] SIEGE DE BOUCHAIN

ce qu'il exécuta incontinent après. Villars espéra d'abord de sauver la place en s'y entretenant une communication libre par les marécages. La garnison y étoit bonne , forte, et bien munie et approvisionnée, et Ravignany commandoit. Il vint concerter avec les maréchaux; sa personne fit un embarras. Il avoit été fait prisonnier avec la garnison de Tournai et renvoyé sur parole. La difficulté des échanges l'empêcha de servir. Il exposa le malheur de cette situation au duc de Marlborough , qui eut ta générosité, par sa réponse, de lui permettre de servir, en l'avertissant toutefois qu'il ne lui répondoit en cela que des Anglois , et nullement des Impériaux ni des HoUandois.

Cette restriction n'arrêta point Ravignan. Il avoit beaucoup d'ambition, il ne pouvoit la satisfaire que par la guerre. Il l'aimoit et il étoit fort bon officier, et de même nom que le président de Mesmes . qui prenoit grande part à lui. Il étoit fort connu du roi , dont il avoit été page, et qui avoit ri quelquefois de ses tours de page , et de ce que la passion de la chasse lui avoit fait faire. Il ne balança donc pas à servir d'inspecteur qu'il étoit et partout où il put. mais sans être mis comme officier général sur les états des armées , parce que la permission seule des Anglois ne suffisoit pas pour cela. Il falloit quelqu'un d'intelligent pour commander l'été dans Bouchain , et on l'y mit parce qu'on ne crut pas que la place dût craindre d'être assiégée. Le cas arrivé , il fut question de savoir si Ravignan y demeureroit. G'étoit contrevenir très-directement à sa parole à légard des Impériaux et des HoUandois. Il est même si différent de servir en ligne parmi la foule , ou de se charger de la défense d'une place attaquée , que Marlborough avoit droit de trouver que c' étoit abuser de la générosité de sa permission. Les lois de la guerre n'alloient à rien moins qu'à excepter Ravignan de toute capitulation si la place étoit prise, et de le faire pendre haut et court, ce que Marlborough, quelque bonne volonté qu'il pût lui conserver, n'étoit pas ep. état d'empêcher. Cette matière amplement délibérée au camp , tandis que Ravignan s'y trouvoit, il fut résolu que son honneur ni la bonne foi de la guerre ne dévoient pas être exposés , et on songeoit déjà à envoyer dès le soir même un autre commandant dans Bouchain: mais Ravignan mit moins son honneur à garder sa parole , qu'à sortir d'une place, où il commandoit, à la vue des ennemis qui alloient former le siège. Il pressa Yillars de l'y laisser retourner , et il fit des instances si fortes que Villars, outré d'un siège formé par ses fautes, et dont les suites étoient si terribles pour les campagnes suivantes, ne fut peut-être pas fâché d'en laisser la défense à un officier aussi entendu, et dont î'opiniâlreté seroit assistée de la perspective d'une potence. Ainsi , contre l'avis universel, Villars prit sur soi d'y renvoyer Ravignan , qui ne se le fit pas dire deux fois et y retourna aussitôt.

La communication avec la place, entreprise avec de grands travaux , ne put se soutenir. Albergotti qui la gardoit en fut chassé , et l'événement fut regardé comme décisif pour le siège. Il produisit des accusations réciproques entre Albergotti et Villars, qui furent fort poussées. Tout à la fin du siège , l'adroit Italien n'oublia aucune souplesse pour se raccommoder avec son général. A l'extérieur il ne parut plus rien;

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