DÉFAITE DU CZAR SUR LE PRUTH
tement fermés jusqu'à sa parfaite guérison. — Mort et caractère de Mlle de La Rochefoucauld. —Mort et caractère de Sebville. — Mort, élat et caractère de Mme de Grancey. — Mort et singuliers niariages de la maréchale de L'Hôpital. — Abbé de Pomponne conseiller d'Éiat d'Église. — Tremblemerft de terre peu perceptible. — Nouvelle tontine. — Grand prieur à Lyon.
On apprit en ce même temps le malheur du czar contre le grand vizir, sur la rivière du Pruth. Ce prince, piqué de la protection que la Porte avoit accordée au roi de Suède retiré àBender, en voulut avoir raison par les armes , et tomba dans la même faute qui avoit perdu le roi de Suède contre lui. Les Turcs l'attirèrent sur le Pruth à travers des déserts, où , manquant de tout, il fallut périr ou hasarder tout par un combat fort inégal. Il étoit à la tête de soixante mille hommes ; il en perdit plus de trente mille sur la place, le reste mourant de faim et de misère; et lui sans aucune ressource, sans pouvoir éviter d'être prisonnier des Turcs avec tout ce qu'il avoit avec lui. Dans une extrémité si pressante, une femme de rien, qu'il avoit ôtée à son mari, tambour dans ses troupes, et qu'il avoit publiquement épousée après avoir répudié et confiné la sienne dans un couvent, lui proposa de tenter le grand vizir pour le laisser retourner libre dans ses États avec tout ce qui étoit resté de la défaite. Le czar approuva la proposition , sans en espérer de succès. Il envoya>ur-le-cha.mp au grand vizir , avec ordre de lui parler en secret. Il fut ébloui de l'or et des pierreries, et de plusieurs choses précieuses qui lui furent offertes ; il les accepta , les reçut , et signa avec le czar un traité de paix par lequel il lui étoit permis de se retirer en ses États par le plus court chemin, avec tout ce qui l'accompagnoit, les Turcs lui fournissant des vivres dont il manquoit entièrement; et le czar s'engageoit à rendre Azof dès qu'il seroit arrivé chez lui; de rasef tous les forts et de brûler tous les vaisseaux qu'il avoit sur la mer Noire, de laisser retourner le roi de Suède par la Poméranie , et de payer aux Turcs et à ce prince tous les frais de la guerre.
Le grand vizir trouva une telle opposition au divan à passer ce traité , et une telle hardiesse dans le ministre du roi de Suède , qui l'accompagnoit, à exciter contre lui tous les principaux de son armée, que peu s'en fallut qu'il ne fût rompu , et que le czar avec tout ce qui lui restoit ne subît le sort d'être fait prisonnier : il n'étoit pas en état de la moindre résistance. Le grand vizir n'avoit qu'à le vouloir pour l'exécuter sur-lechamp. Outre la gloire de mener à Constantinople le czar , sa cour et ses troupes, on peut juger de ce qu'il en eût coûté à ce prince; mais ses riches dépouilles auroient été pour le Grand Seigneur, et le grand vizir les aima mieux pour soi. Il paya donc d'autorité et de menaces, et se hâta de faire partir le czar et de s'éloigner en même temps. Le ministre de Suède, chargé des protestations des principaux chefs des Turcs, courut à Constantinople , où le grand vizir fut étranglé en arrivant. Le czar n'oublia jamais ce service de sa femme , dont le courage et la présence d'esprit i'avoit sauvé. L'estime qu'il en conçut, jointe à l'amitié, l'engagea à -la faire couronner czarine, à lui faire part de toutes ses affaires et de tous ses desseins. Échappé au danger, il fut longtemps sans