‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 145 sur 345 · CARDINAL DE NOAILLES · texte numérisé non relu

CARDINAL DE NOAILLES

s'écoulèrent de la sorte , et tout à la fin la cour d'Espagne retourna à Madrid. Elle donna la vice-royauté du Pérou au prince Caraccioli de Santo-Buono, grand d'Espagne, qui avoit perdu tous ses biens de Naples.

Cette vice-royauté vaquoit parla mort du marquis de Castel dos Rios, qui étoit ambassadeur d'Espagne en France à l'avènement de Philippe V à la couronne, et rappela en Espagne don Domingo Guerra. qui avoit été chancelier de Milan , place extrêmement principale qu'il avoit perdue depuis l'occupation des Impériaux , et étoit à Paris depuis longtemps. Il eut les premières places d'affaires en Espagne, et à la fin les perdit. C'étoit une très-bonne tête , fort instruit , fort expérimenté , grand travailleur , fort espagnol et assez peu françois. Bientôt après Arpajon , qui tervoit de lieutenant général en Espagne, et qui y avoit été heureux en deux petites expéditions qui ne roulèrent que sur lui . fut honoré de l'ordre de la Toison d'or.

Le lundi 14 septembre, le roi revint de Fontainebleau par Petit- Bourg, et arriva le lendemain de bonne heure. Le cardinal de Noailles, qui avoit eu ordre de s'y trouver ce même jour, parut à la descente du carrosse. Il eut aussitôt après une assez longue audience du roi, puis du Dauphin encore plus longue. Ce prince avoit fort travaillé à cette affaire à Fontainebleau , et j'en avois appris des nouvelles à mesure par l'archevêque de Bordeaux. Elle avoit alors deux points : le personnel entre le cardinal de Noailles et les évêques de la Rochelle et de Luçon, où celui de Gap s'étoit fourré depuis comme diable en miracles; et le livre du P. Quesnel, c'est-à-dire la doctrine, dont le personnel n'avoit été que le chausse-pied. Ils sentoient bien l'odieux du chausse-pied qui ne pourroit se soutenir, et qui eniraîneroit à la fin celui de la doctrine, si elle n'étoit soutenue que par ces trois agresseurs. Le P. Tellier qui gouvernoitl'évêque de Meaux, et qui par lui allongeoit l'affaire auprès du Dauphin, se servit de cet entre-temps pour faire écrire au roi, par tous les évêques qu'il put gagner . des lettres d'effroi sur la doctrine . et de condamnation du livre du P. Quesnel. Les créatures des jésuites, les foibles qui n'osèrent se brouiller avec l'entreprenant confesseur, les avares et les ambitieux firent un nombre qui imposa. Le cardinal de Noailles eut le vent de ces pratiques , qui se dirigeoient toutes aux jésuites de la rue Saint-Antoine. Les PP. Lallemant, Doucin et Tournemine en étoient les principaux artisans. Il leur échappa quelques menaces fort indiscrètes et fort insolentes, d'autres gros bonnets en furent les échos. Le cardinal de Noailles ôta à ceux-là les pouvoirs de confesser et de prêcher, et cela fit un nouveau vacarme.

Les choses en étoient là au retour de Fontainebleau , et les lettres des évêques au roi prêtes à pleuvoir, parce qu'il fallut du temps à Saint- Louis pour composer le même thème en tant de façons différentes, envoyer d ns les diocèses, et obtenir la signature et l'envoi. M. de Meaux avoit eu beau fournir des embarras, le procédé étoit insoutenable, et M. le Dauphin le voulut finir, avec d'autant plus d'empressement que l'interdiction de ce petit nombre de jésuites alloit apporter de nouvelles aigreurs. Le roi néanmoins , quelque prévenu qu'il fût par le P. Tellier,

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