PROJET DE LA PRINCESSE DES URSINS
fut, comme on le verra, Ja première cause de sa perte. On n'en dira pas davantage sur le succès de cette chimère qui ne laissa pas d'accrocher }a paix par l'opiniâtreté du roi d'Espagne , qui ne céda enfin qu'à l'autorité du roi qui le força de se désister de cet article , dont les alliés se moquèrent toujours avec mépris jusqu'à n'avoir jamais voulu en entendre p?irler dans les formes. [Je n'en parlerai pas davantage] , parce que ce point est fort bien expliqué dans les Pièces ; mais , pour n'y plus revenir, il faut voir ce que devint cet admirable palais, si complètement achevé en tout , et meublé entièrement avant que Mme des Ursins eût perdu l'espérance d'y jouer la souveraine.
On ne pouvoit imaginer qu'un aussi petit compagnon que l'étoit d'Aubigny . quelques richesses qu'il eût amassées, pût ni osât faire un pareil bâtiment pour soi. Ce ne fut que peu à peu que l'obscurité fut percée On soupçonna que Mme des Ursins le faisoit agir, et se couvroit de son nom. On pensoit qu'elle pouvoit lasser , ou se lasser enfin de l'Espagne , et vouloir venir achever sa vie dans son pays sans y traîner à la cour ni dans Paris , après avoir si despotiquement régné ailleurs. Mais un palais, qui pourtant n'étoit qu'une guinguette, ne s'entendoit pas pour sa retraite; ce ne fut que l'éclat que sa prétendue souveraineté fit par toute l'Europe qui commença à ouvrir les yeux sur Chanteloup ; c'est le nom de ce palais, dont à la fin on sut la destination. La chute entière de cette ambitieuse femme , qui se verra ici dans son temps , ne lui permit pas d'habiter cette belle demeure. Elle demeura en propre à d'Aubigny, qui y reçut très-bien les voisins et les curieux , ou les passants de considération, à qui il ne cacha plus que ce n'étoit ni pour soi, ni de son bien, qu'il l'avoit bâtie et meublée. Il s'y établit, il s'y fit aimer et estimer. Il y perdit sa femme qui ne lui laissa qu'une fille unique fort jeune; ainsi il s'étoit marié du vivant de Mme des Ursins, ou aussitôt après sa mort, et cette fille très-riche a épousé le marquis d'Armentières, qui sert actuellement d'officier général, et qui en a plusieurs enfants. Orry , dès lors contrôleur général, en fit le mariage. Peu auparavant Aubigny étoit mort, et avoit chargé Orry du soin de sa fille et de ses biens, comme étant le fils de son meilleur ami, de ce même Orry qui avoit été plus d'une fois en Espagne , et dont plus d'une fois il a été parlé ici,
La campagne n' avoit été rien en Espagne; il n'y eut que des bagatelles. L'archiduc, trop afi"oibli pour rien entreprendre de bonne heure, ne songea plus qu'au départ, dès que l'empereur son frère fut mort, et n'eut plus d'argent que pour la dépense du voyage. M. de Vendôme en manquoit aussi, et ne laissa pas de faire accroire longtemps aux deux cours qu'il feroit le siège de Barcelone, pour lequel il amassa des préparatifs. Le roi et la reine d'Espagne passèrent l'hiver à Saragosse , et l'été fort inutilement à Corella. Le duc de Noailles, destiné avec ses troupes, qui n'avoient rien à faire en Catalogne, à servir sous M. de Vendôme , étoit allé , dès le mois de mars , à la cour d'Espagne , où M. de Vendôme ne fut que de rares instants, sous prétexte des préparatifs de la campagne. La contrainte ne l'accommodoit pas, il aimoit mieux régner et paresser librement dans ses quartiers. L'été et l'automne