‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 152 sur 345 · TORTOSE MANQUÉ PAR LES IMPÉRIAUX · texte numérisé non relu

TORTOSE MANQUÉ PAR LES IMPÉRIAUX

de beaucoup le terme que je me suis proposé de donner à ces Mémoires, Le prince Eugène cacha comme il put son chagrin , quitta Insprûck proraptement pour retourner en Hollande mettre obstacle de tout son crédit à la paix, et allei- essayer d'étranges choses en Angleterre pour y remettre à flot Marlborough à la guerre , où il ne recueillit que de la honte et du mépris. C'est ainsi qu'on voit quelquefois qu'au lieu de se plaindre que la vie est trop courte, il arrive à de grands hommes de vivre beaucoup trop longtemps. L'archiduc devoit partir d'inspiûck pour arriver à Francfort le 18 et y être couronné empereur le 23.

Pendant ce temps-là Staremberg entreprit de prendre Tortose sur quelque intelligence qu'il y avoit. Il en fit approcher trois mille hommes si diligemment et si secrètement, qu'ils attaquèrent la place par trois difierents endroits la nuit et en même temps, sans qu'on s'y attendit. Le gouverneur étoit à l'armée de M. de Vendôme. Le lieutenant de roi se défendit si bien, qu'avec une très-médiocre garnison il les rechassa de leurs trois attaques, reprit le chemin couvert dont ils s'étoient rendus maîtres , leur tua plus de cinq cents hommes , leur en prit autant , et les poursuivit quelque temps dans leur retraite.

Amelot maria sa fille à Tavannes , l'aîné de la maison , qui depuis a commandé longtemps en Bourgogne , et dont le frère est devenu évêque, comte de Châlons, archevêque de Rouen et grand aumônier de la reine. Amelot, illustre par le succès de ses ambassades, et adoré en Espagne, n'avoit eu aucune récompense de ses travaux , que la charge de président à mortier pour son fils après tant de réputation et de si justes espérances.' Il tenta la grandesse dont sa robe l'excluoit, pour Tavannes, en épousant sa fille. Il y trouva toute la facilité à laquelle il devoit s'attendre de la cour d'Espagne, que Mme des Ursins gouvernoit si despotiquement. Mais le roi n'y voulut jamais consentir. Ce n'étoit plus ici le temps d' Amelot. Son mérite avoit trop effrayé malgré sa sagesse et sa modestie. J'ai expliqué cette anecdote lors de son retour d'Espagne.

Torcy maria aussi, ou laissa marier son frère à une fille de Brunet, riche financier, qui de chevalier de Croissy devint comte de Croissy.

D'O, comme devenu menin du Dauphin, eut six mille livres de pension; et le duc de Tresmes trois cent mille livres de brevet de retenue sur sa charge de premier gentilhomme de la chambre; il en avoit déjà un de deux cent mille livres, tellement qu'il en eut cinq cent mille livres.

Il est temps de revenir au duc de Noailles. On a vu que , n'y ayant plus rien à faire pour lui en Catalogne, ses troupes avoient passé à l'armée de M. de Vendôme, et lui, dès le commencement de mars, à Saragosse où étoit la cour d'Espagne, destiné lui-même à servir sous les ordres de ce général. La foiblesse et les manquements de quantité de choses tinrent toute cette campagne les armées oisives , à quelques légères entreprises près , qut" ne troublèrent point la paresse de Vendôme, qui étoit dans ses quartiers avec toute son armée, ni la cour assidue de Noailles, qui demeura toujours auprès du roi d'Espagne à Saragosse et à Corella. L'ambition de gouverner , facilitée de la considération et des accès que le neveu de Mme de Maintenon trouYoit dans

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